Population Reports, Série J, Numéro 41

SUPPLEMENT
La mutilation génitale des femmes :
Un problème de santé publique

par Karungari Kiragu, Ph.D.

TABLE DE MATIERES


Les citations bibliographiques sont celles de Population Reports, Répondre aux besoins des jeunes adultes, Série J, Numéro 41.

Supplément à Population Reports, Répondre aux besoins des jeunes adultes, Série J, Numéro 41, Vol. XXIII, No. 3 Octobre 1995. Publié avec le soutien de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international. On peut se procurer d'autres exemplaires du présent supplément à Population Reports en s'adressant à Population Information Program, Johns Hopkins Center for Communication Programs, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, MD 21202-4012, USA; fax (410) 569-6266; e-mail PopRepts@welchlink.welch.jhu.edu.

Prévention de la MGF

Les interventions de groupments féminins ont mis la MGF en tête des préoccupations des Etats et d'organisations régionales et internationales. L'OMS, le Fonds des Nations pour l'enfance (UNICEF), le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), l'agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) et la FIGO, entre autres, ont condamné cette pratique (492, 501, 533, 550). En 1994, la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), qui s'est tenue au Caire, a mis la question en relief dans ses recommandations :

Il est instamment demandé aux gouvernements d'interdire la mutilation génitale féminine partout où elle est pratiquée et d'apporter un appui vigoureux aux efforts que déploient des organisations non gouvernementales, des organisations communautaires et des institutions religieuses pour éliminer cette pratique (486).

Un grand nombre de Chefs d'Etat, dont ceux du Bénin, du Burkina Faso, de l'Egypte, du Kenya et du Sénégal, ont condamné la pratique. La Belgique, le Ghana, la Suède et le Royaume-Uni ont des lois qui interdisent spécifiquement la MGF (52, 138, 252). En France et au Canada, l'opération est illégale aux termes des lois en vigueur concernant les mauvais traitements des enfants. Les gouvernements du Soudan et de Djibouti ont adopté des lois qui permettent la clitoridectomie, mais interdisent l'infibulation. Il existe des fèglements contre la MGF au Burkina Faso, au Kenya, en Ouganda et peut-être dans d'autres pays d'Afrique (138). L'Australie et les USA sont en train d'examiner leurs options légales (213, 222, 332). En Erithrée, de récentes réformes civiles ont interdit la MGF et le mariage précoce.

Comme la MGF est si profondément ancrée dans certaines sociétés, des décrets-lois et des déclarations générales ne semblent pas devoir suffire pour l'abolir. Par exemple, des résolutions contre la pratique ont été passées en Egypte en 1959 tandis que, au Soudan, l'administration coloniale britannique a adopté une loi en 1946 ; or, la pratique perdure (284). Si l'on veut obtenir des résultats durables, il est nécessaire de modifier les normes sociales.

Au niveau local, des groupements communicautaires d'éducation et de propagande ont pris l'initiative des tentatives de réforme qui sont en cours. Bien qu'il s'agisse souvent de petits groupements essentiellement composés de bénévoles, ils surmontent ces handicaps grâce à leur sens de la mission à accomplir. Le plus grand d'entre eux, le Comité inter-africain sur les pratiques traditionnelles qui touchent la santé des femmes et des enfants (IAC) a vu ses travaux couronnés en 1995 par le Prix de la population des Nations Unies (494). L'IAC a des comités nationaux dans 25 pays africains (213) ; c'est surtout grâce aux efforts de ces comités qu'on a adopté l'expression « mutilation génitale des femmes ». L'IAC est courageusement fait le champion de l'offensive lancée dans toute l'Afrique dans le cadre de conférences régionales, d'initiatives d'éducation, de propagande et de recherches aux niveaux nationaux, régionaux et communautaires.

Education du public. L'éeducation a été un important élément des efforts entrepris pour éliminer la MGF. Par exemple, au Burkina Faso, le Comité national contre l'excision, qui est un organe du gouvernement, a employé des médias audiovisuels, la vidéo, le film et d'autres instruments d'éducation pour atteindre le public (213). Au Kenya, la plus grande organisation féminine, le Maendeleo Ya Wanawake Organization (MYWO), est à l'avant-garde des interventions contre la MGF. Avec l'aide du Program for Appropriate Technology in Health (PATH), la MYWO a effectué des recherches sur la MGF dans diverses régions et est actuellement en train de monter une campagne d'éducation du public (331, 389). Des interventions analogues contre la MGF ont eu lieu au Mali (331), en Tanzanie, au Soudan (139, 213) et en Samalie (332). Au Nigeria, la filiale locale de l'IAC est à l'avant-arder des interventions contre la MGF et forme des accoucheuses traditionnelles qui forment à leur tour leurs collèques dans tout le pays. L'Association nationale des infirmières et des sages-femmes du Nigeria (NANNM) a mobilisé ses membres pour éduquer le public grâce à des pièces de théâtre, à des saynètes et à d'autres spectacles (173, 213, 480).

Changements des lois et propagande. Bien que les lois ne puissent suffire à elles seules à mettre un terme à la MGF, elles donnent néanmoins la preuve de l'engagement de l'Etat, qui est essential et peuvent ouvrir la voie à des poursuites judiciaires. Au Burkina Faso, le gouvernement a entrepris en 1988 une campagne nationale visant à éliminer la MGF (213). En Tanzanie, le Projet des risques de santé des hommes et des femmes a organisé des ateliers à l'intention d'animateurs communautaires et de membres du clergé (213). En Egypte, un documentaire sur la circoncision d'une petite fille de 10 ans, diffusé à la télévision durant la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) après que le Président de ce pays eut nié l'existence de la MGF, a conduit à un nouvel examen de sa légalité. L'engagement pris par le gouvernement d'éliminer l'intervention s'est heurté à une fatwa proclamée par le Grand Sheikh du Caire, déclarant que la MGF était un devoir pour toutes les femmes. A la recherche d'une formule conciliatrice, le Ministère de la santé a aboli son décret. voeix de 35 ans, qui interdisait la MGF dans les hôpitaux publics et a réservé certains jours durant lesquels les agents de santé pouvaient désormais réaliser l'operation. Les agents avaient pour instruction de conseiller les parents et d'essayer de les faire changer d'avis (150, 171, 576). Cependant, des groupements de défense des droits de l'homme et des organisations féminines ont élevé des objections contre cette politique et, à la fin 1995, le Ministère de la santé a remis l'interdiction en place. Néanmoins, la MGF reste licite en Egypte et des praticiens privés peuvent toujours exécuter l'opération (569). Au Nigeria, la BANNM, aidée par PATH, s'efforce d'amener les médias à continuer à s'intéresser à la question (173, 213, 400). Au Soudan, l'Association Babikir-Badri pour la scolarisation des femmes et la filiale locale de l'IAC sont à la tête du mouvement d'interdiction (139, 213, 412).

Collaboration avec les agents de santé. En Egypte, les initiatives contre la MGF relèvent du Groupe égyptien contre la MGF et de la Société égyptienne contre les pratiques dangereuses pour la femme et l'enfant, qui réalisent des interventions dans les écoles d'infirmerie, les associations féminines, les services de santé et les médias (213), 475). Des activités analogues ont été entreprises au Soudan.

Options de remplacement de la MGF. Certains groupements encouragent les communautés à trouver des options qui remplacent la MGF tout en observant les principes de la santé, mais sans pour autant abandonner les éléments sociaux et rituels. Par exemple, au Kenya, un projet de la MYWO organisera un rite de passage pour les adolescentes, comportant une fête, la cérémonie de remise de cadeaux et la reconnaissance officielle qui marquent traditionnellement le passage d'une femme à l'âge adulte, mais sans exécuter l'opération proprement dite (412). Au sierra Leone, le Projet de Kenema a collaboré avec des animateurs de sociétés de circoncision pour leur faire connaitre les effets nuisibles de la MGF et les encourager à permettre aux adolescentes de participer aux cérémonies sans subir de dangereuses opérations. Ce projet a également encouragé les jeunes hommes à s'engager à ne pas insister pour n'épouser que des femmes circoncises, et les jeunes femmes à s'engager à ne pas faire circondcire leurs filles (173, 332). Pour réduire l'opposition des praticiennes en leur offrant d'autres emlois, un projet réalisé au Ghana leur apprend à devenir des accoucheuses traditionnelles, tandis qu'en Ethiopie un autre projet leur apprend à fabriquer des sandales et à cuire le pain (27).

Collaboration avec les communautés d'immigrants et de réfugiés. Des organisations de pays occidentaux s'intéressent à la pratique de la MGF dans les milieux de récents immigrants. A Londres, la Foundation for Women's Health, Research and Development, que finance le gouvernement, et la London Black Women's Action Project et, en France, le Groupe femmes pour l'abolition des mutilations sexuelles (GAMS) et la Commission pour l'abolition des mutilations sexuelles (CAMS) ont inscrit la question de la MGF à l'ordre du jour de débats nationaux et internationaux. En parallèle à des campagne d'information et de propagande, ces organisations travaillent dans les milieux d'immigrants, fournissent des informations et conseillent les familles (27, 138, 139). Le Royaume-Uni a inscrit la prévention des MGF dans ses lois de protection de l'enfance, ce qui a permis aux tribunaux de protéger certaines jeunes filles contre la mutilation génitale (52). En France, il n'existe pas de loi spéciale contre la MGF, mais la CAMS a utilisé avec succès certaines sections du code pénal concernant la violence contre les enfants pour pousuivre en justice les auteurs de circoncision ou les parents qui avaient soumis leurs filles à la MGF (138, 168). Au Canada, une campagne vigoureuse est en cours, soutenue par des médecins et des services de santé (214).

Recherches. Les recherches sont essentielles si l'on veut comprendre la MGF et mettre sur pied des réformes efficaces. Récemment, les enquêtes démographiques et de santé effectuées au Soudan et au Yemen ont proposé des modules de MGF. D'autres pays, parmi lesquels la République centrafricaine, la Côte d'Ivoire, l'Egypte, l'Erithrée, le Mali et la Tanzanie, mettent dans leurs enquêtes des questions concernant la MGF (269). L'IAC demande que les recherches fassent partie de toute intervention portant sur la MGF (223). Aux Etats-Unis, plusieurs groupements ont étudié la MGF et soutenu les efforts tendant à l'éliminer. Le Women's International Network (WIN), dirigé par Fran Hosken, a été parmi les premiers à intervenir et publie depuis 1975 des bulletins rendant compte de ses travaux de prévention de la MGF (213). Le regretté Gordon Wallace, du Fonds des projets spéciaux de Population Action International, a soutenu un grand nombre de programmes de propagande, de recherches et d'éradication de la MGF au niveau national. Le Research Action Information Network for Bodily Integrity of Women (RAINBO), dont le siège est à New York, vient d'entreprendre une vaste étude de la MGF et fournit une assistance technique aux recherches portant sur celle-ci (477, 478). Au fur et à mesure que les programmes prennent de l'ampleur, il sera essentiel d'y inclure des recherches sur la formation et des évaluations de l'impact et d'entreprendre des recherches opérationnelles pour identifier les éléments qui expliquent la réussite ou l'échec des programmes, de manière à donner plus d'efficacité aux futures interventions.

La pratique de la MGF est complexe. Sa prévalence, sa gravité et ses bases sociales varient beaucoup. C'est pourquoi les organisations de base sont à l'avant-garde de la lutte contre la MGF et ont besoin du soutien des gouvernements, tout comme de celui d'organisations nationales et internationales. Comme la MGF est souvent au centre même des croyances d'une communauté, celle-ci doit, avant de se mettre à la modifier, commencer par admettre que la MGF est une interventino préjudiciable et parfois dangereuse. Il est donc indispensable que des membres de la communauté participant à la conception et à l'exécution de toute campagne d'éradication de la MGF.


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