TABLE DE MATIERES
Chapitres
Recommandations du groupe sur les orientations/compétences techniques :
- Contraceptifs oraux combinés
- Pilules progestatives
- Contraceptifs injectables progestatifs
- Contraceptifs injectables combinés
- Implants Norplant
- Dispositifs intra-utérins au cuivre
- Stérilization féminine
- Vasectomie
- Méthode de l'allaitement maternel et
de l'aménorrhée
- Planification familiale naturelle
- Méthodes de barrière
Publié par le Population
Information Program, Center
for Communication Programs,
The Johns Hopkins University School of
Public Health, 111 Market
Place, Suite 310, Baltimore,
Maryland 21202-4012, USA
Volume XXIV, Numéro 2
Octobre 1996 |
Contraceptifs oraux combinés
Ces recommandations supposent que les contraceptifs oraux combinés (COC) renferment plus de 35 mg d'estradiol d'éthinyle (ou d'un oestrogène analogue).
Q.1. Quel est le meilleur moment
pour commencer les COC ?
Recommandation : Les COC peuvent être commencés n'importe quand si
vous êtes raisonnablement sûr que la femme n'est pas enceinte (voir Comment
être raisonnablement sûr que la femme n'est pas enceinte), par exemple,
pendant les 7 jours qui suivent l'apparition des règles (jours 1 à 7 du
cycle menstruel).
Raison fondamentale : Si la prise des COC débute pendant les 7 premiers jours, la possibilité de commencer les COC chez une femme déjà enceinte est réduite (bien qu'il soit toujours possible que la femme soit enceinte et qu'une hémorragie de la nidation ait été prise pour une menstruation) (66, 104, 238).
Recommandation : Pour une femme ayant des cycles menstruels, aucune méthode complémentaire n'est nécessaire si elle commence les COC pendant les 7 premiers jours de son cycle et si ses règles ne sont pas terminées. S'il s'agit des 7 premiers jours de son cycle mais qu'elle n'a plus ses règles, certains programmes recommanderont peut-être l'utilisation d'une méthode complémentaire pendant 1 semaine.
Les COC peuvent être commencés n'importe quand si vous êtes raisonnablement
sûr que la femme n'est pas enceinte (voir Comment
être raisonnablement sûr que la femme n'est pas enceinte). Cependant,
si les COC sont commencés après le 7e jour d'un cycle régulier, la femme
doit être avertie:
- de la survenue possible d'irrégularités dans ses saignements menstruels, et
- de la nécessité d'utiliser une méthode complémentaire (ou l'abstinence) pendant 7 jours.
(Voir Question 7 pour les informations concernant la nécessité d'une méthode complémentaire.)
Raison fondamentale : Il n'est PAS nécessaire d'utiliser une méthode complémentaire si la première plaquette est commencée pendant que la femme a ses règles puisque le risque de conception est pratiquement nul. Après le 5ème jour du cycle, le risque de grossesse commence à augmenter (257).
Certains programmes peuvent recommander une méthode complémentaire pour les femmes qui n'ont pas leurs règles au moment de l'initiation des COC puisqu'il y a un risque faible de conception résultant de rapports non protégés au 7e jour du cycle.
Quand une méthode complémentaire (ou l'abstinence) est nécessaire, elle doit être utilisée pendant 7 jours, puisqu'il faut prendre des COC pendant 7 jours pour empêcher le développement du follicule (195).
Recommandation : En cas d'utilisation de plaquettes pour 28 jours, la cliente devra commencer une nouvelle plaquette le jour après avoir fini la plaquette précédente (sans interruption). Pour les plaquettes pour 21 jours, elle devra attendre sept jours avant de commencer une nouvelle plaquette. Si le contraceptif oral est pris correctement, la cliente commencera toujours une plaquette le même jour de la semaine.
Raison fondamentale : Plus l'intervalle sans prise de contraceptif oral est long, plus le risque d'ovulation est grand (à titre d'exemple, un intervalle de 10 jours sans contraceptif entraîne un risque d'ovulation de 10%) (150, 168).
Q.2. Quand les commencer au cours du post-partum ?
Pour les femmes qui allaitent
Ces restrictions ne s'appliquent pas aux femmes qui allaitent seulement de manière minime.
Recommandation : Dans les six semaines du post-partum, les COC ne doivent pas être employés. Les COC sont considérés par de nombreux experts comme la méthode de dernier recours quel que soit le stade de la lactation, particulièrement pendant les premières 6 semaines à 6 mois.
Après 6 à 8 semaines du post-partum, les femmes qui allaitent et qui
désirent utiliser une méthode de contraception hormonale doivent être
encouragées à utiliser la pilule progestative (PP), les injectables, ou
les implants Norplant®. (Avant 6 à 8 semaines du post-partum, il
n'y a aucun risque de conception pour une femme qui allaite — voir Méthode
de l'allaitement maternel et de l'aménorrhée.)
Raison fondamentale : Même les faibles doses (30 à 35 mcg) de COC diminuent la lactation (311).
Recommandation : Si les COC restent la méthode désirée, mais que la cliente choisit de se fier initialement à la méthode de l'allaitement maternel et de l'aménorrhée (MAMA) comme méthode de contraception, commencer les COC au retour des menstruations*, ou quand la femme ne nourrit plus son enfant exclusivement ou presque exclusivement au sein, ou au 6ème mois du post-partum selon que l'un ou l'autre de ces cas survienne en premier. Les plaquettes de COC peuvent être remises à la femme auparavant pour être sûr qu'elle pourra commencer à utiliser la méthode dès qu'elle en aura besoin.
* Chez les femmes allaitantes, un saignement durant les 56 premiers jours (8 semaines) après l'accouchement n'est PAS considéré comme un saignement «menstruel» car il n'est pas précédé de l'ovulation.
Raison fondamentale : Pour les femmes qui nourrissent leur enfant exclusivement au sein, il n'y a aucun avantage connu à débuter les COC pendant la MAMA ou lorsque les critères de cette MAMA sont présents (141, 156).
En réalité, le fait de commencer les COC avant qu'ils ne soient nécessaires peut présenter un inconvénient puisque les COC ont un effet négatif sur le volume et la composition du lait, ce qui peut affecter la santé et la croissance du nourrisson (309, 311).
Recommandation : Si la cliente ne veut pas se fier à la MAMA
mais allaite son enfant on devra lui conseiller de choisir une méthode
de contraception non-oestrogénique. Si elle continue à faire le choix
informé de l'utilisation des COC, ils peuvent être commencés n'importe
quand après les 8 à 12 premières semaines du post-partum si elle est toujours
en aménorrhée ou si le prestataire est raisonnablement sûr que la femme
n'est pas enceinte (voir Comment être raisonnablement
sûr que la femme n'est pas enceinte).
Raison fondamentale : Même les faibles doses (30 à 35 mcg d'oestrogène) de COC diminuent la lactation. Le fait d'attendre au moins 8 à 12 semaines après un accouchement permet à l'allaitement d'être mieux établi. On étudie actuellement si l'exposition néonatale (pendant les 8 premières semaines) aux oestrogènes et progestatifs exogènes peut, en théorie, affecter la croissance et le développement du nouveau-né.
Pour les femmes qui n'allaitent pas :
Recommandation : En l'absence d'allaitement, les COC peuvent être commencés après la deuxième ou troisième semaine du post-partum.
Raison fondamentale : Immédiatement après le post-partum, le risque augmenté de thromboembolie, qui est associé aux COC, peut être une considération importante. Mais la coagulation sanguine et la fibrinolyse sont pratiquement normalisées à la troisième semaine du post-partum (et elles sont voisines de la normale à la deuxième semaine du post-partum) (51).
Q. 3. Les COC peuvent-ils être commencés
immédiatement après un avortement ?
Recommandation : Oui, les COC sont adaptés pour être utilisés immédiatement
après un avortement (spontané ou provoqué), que ce soit pendant le premier
ou le second trimestre, et ils doivent être commencés durant les sept (7)
jours qui suivent un avortement (ou à tout moment si vous êtes raisonnablement
sûr que la femme n'est pas enceinte, voir Comment
être raisonnablement sûr que la femme n'est pas enceinte).
Raison fondamentale : L'ovulation reprend presque immédiatement après un avortement (spontané ou provoqué) : dans les 2 semaines qui suivent un avortement au cours du premier trimestre et dans les 4 semaines qui suivent un avortement au cours du deuxième trimestre. Chez 75 % des femmes, l'ovulation survient dans les 6 semaines qui suivent un avortement (164).
L'utilisation des COC immédiatement après un avortement (spontané ou provoqué) ne perturbe pas le retour de la fécondité après arrêt des COC (161).
Recommandation : Si la cliente présente ou a présenté des troubles de la coagulation sanguine (hypercoagulation), les COC ne doivent pas être recommandés.
Raison fondamentale : Les COC peuvent être commencés sans danger pendant la première semaine après un avortement (spontané ou provoqué). L'hypercoagulabilité liée à la grossesse ne devient probablement pas significative sur le plan clinique avant le troisième trimestre. Cependant, certains experts recommandent de commencer les COC exactement une semaine après un avortement, puisqu'il semble qu'il y ait, chez les femmes qui commencent les COC immédiatement après un avortement, une légère augmentation des facteurs de la coagulation, mesurable pendant les quelques jours qui suivent un avortement au cours du premier trimestre. S'ils sont commencés après la première semaine, les COC peuvent ne pas être efficaces immédiatement puisque le développement folliculaire de l'ovaire reprend dès la première semaine après un avortement (spontané ou provoqué) au cours du premier trimestre (162, 163).
Un avortement partiel peut également entraîner un état d'hypercoagulation (coagulation intravasculaire disséminée), au cours duquel les oestrogènes sont à éviter.
Q. 4. Existe-t-il une « période de repos » à recommander après l'utilisation des COC pendant une durée déterminée ?
Recommandation : Non, le respect de « périodes de repos » n'est pas nécessaire. Les COC peuvent être utilisés aussi longtemps que la femme est exposée à la grossesse.
Raison fondamentale : Une période de repos interromprait la méthode de contraception que la femme préfère et utilise avec succès.
Recommandation : Si la femme peut utiliser une autre méthode fiable, l'idéal est d'arrêter les COC deux semaines avant une intervention chirurgicale majeure prévue, ou après un accident grave qui nécessite l'immobilisation des jambes et de reprendre les COC une fois que la femme a retrouvé sa mobilité.
Raison fondamentale : En raison du fait que les oestrogènes peuvent augmenter légèrement le risque de thrombose post-chirurgicale, il peut être raisonnable d'interrompre les COC deux semaines avant une intervention majeure prévue et de reprendre leur administration une fois que la femme a retrouvé sa mobilité, avant qu'elle reprenne une activité sexuelle. Cependant, ce faible risque doit être opposé au risque de grossesse et à la possibilité pour la femme d'utiliser une autre méthode fiable (224).
Q. 5. Y a-t-il un âge minimum ou un âge maximum
pour l'utilisation des COC ?
Les COC peuvent être utilisés à tout âge où la femme est exposée à la grossesse (p. ex., de la puberté à la ménopause).
Recommandation : Les femmes de plus de 40 ans peuvent utiliser les COC, à condition que les autres facteurs de risque aient été pris en considération (p. ex. tabagisme, hypertension artérielle, diabète).
Raison fondamentale : Les risques cardio-vasculaires dus à l'utilisation des COC sont minimes chez une femme d'un âge supérieur à 40 ans, en bonne santé et ne fumant pas (106, 262).
Recommandation : L'utilisation des COC ne compromet pas la fécondité.
Raison fondamentale : En moyenne, le retour de la fécondité après l'arrêt des COC est plus long de deux mois qu'après l'arrêt d'une méthode non hormonale. Le risque d'aménorrhée après l'arrêt des COC est faible et plus courant chez les femmes qui avaient des menstruations irrégulières avant d'utiliser des COC. Plutôt que d'entraîner une « aménorrhée post-pilule » , les COC masquent les irrégularités menstruelles en provoquant des hémorragies de privation. Les femmes qui ont des règles irrégulières sont plus susceptibles que les autres de développer une aménorrhée secondaire qu'elles utilisent ou non des COC (4, 29, 130, 262).
Q. 6. Doit-on conseiller une méthode de contraception complémentaire dans les cas suivants :
Si la cliente est traitée aux antibiotiques ?
Recommandation : Non, sauf pour la rifampicine ou la griséofulvine (un produit antifongique).
Raison fondamentale : La rifampicine ou la griséofulvine demandent l'utilisation d'une méthode complémentaire (ou l'augmentation de la dose de COC s'il n'est pas possible d'utiliser une méthode complémentaire) pour compenser l'induction micro-enzymatique hépatique. L'induction micro-enzymatique hépatique par la rifampicine dure 4 semaines pour un traitement court et 8 semaines pour un traitement prolongé. Bien qu'il existe des rapports anecdotiques concernant des échecs dans la prévention de la grossesse pour d'autres antibiotiques, les preuves épidémiologiques suggèrent que les antibiotiques (sauf la rifampicine et la griséofulvine) n'entraînent pas la nécessité d'une méthode complémentaire (204).
Si la cliente suit un traitement anti-épileptique (sauf l'acide valproïque) ?
Recommandation : Il peut être nécessaire d'adopter l'une des mesures suivantes :
- utiliser à la place le Dépo-Provéra ou une méthode non hormonale efficace ;
- utiliser une méthode complémentaire (en cas de traitement anti-épileptique à court terme) ;
- employer les COC à des doses supérieures (p. ex., 50 microgrammes d'estradiol d'éthinyle (EE), ou deux comprimés de COC à 30 ou 35 microgrammes d'EE par jour pour une contraception plus efficace et/ou pour obtenir des cycles réguliers sans hémorragies utérines secondaires).
Raison fondamentale : Le phénobarbital/phénobarbitone, la primidone, la carbamazépine et l'éthosuximide font partie des anti-épileptiques. Les anti-épileptiques, sauf l'acide valproïque, augmentent de manière significative le métabolisme hépatique des oestrogènes et des progestatifs, ce qui diminue l'efficacité des COC.
La prise quotidienne de deux comprimés de COC à 30 ou 35 microgrammes d'oestrogène compensera de manière adéquate l'augmentation du métabolisme ; les taux de lévonorgestrel sont également diminués par la phénytoïne (et probablement par d'autres anti-épileptiques). Il est donc particulièrement important de doubler les doses de COC contenant du lévonorgestrel (204).
S'il s'agit du premier cycle d'utilisation des COC ?
Recommandation : S'il s'agit des 7 premiers jours du cycle mais
que la femme n'est pas réglée, certains programmes recommanderont peut-être
l'utilisation d'une méthode complémentaire pendant une semaine. Les COC
peuvent être commencés n'importe quand si vous êtes raisonnablement sûr
que la femme n'est pas enceinte (voir Comment
être raisonnablement sûr que la femme n'est pas enceinte). Cependant,
si les COC sont commencés après le 7e jour d'un cycle régulier, la femme
doit être avertie de la survenue possible d'irrégularités dans ses saignements
menstruels et de la nécessité d'utiliser une méthode complémentaire (ou
l'abstinence) pendant 7 jours. La fourniture d'une méthode complémentaire,
en particulier des condoms, s'avère judicieuse en cas d'échecs d'une utilisation
correcte ou encore, si besoin est, pour la protection contre les MST.
Raison fondamentale : L'effet des COC sur la glaire cervicale n'est pas aussi puissant que celui des méthodes progestatives. Sept jours de COC sont nécessaires pour empêcher le développement folliculaire (260).
Si la cliente a oublié des comprimés contraceptifs?
Recommandation : Une méthode complémentaire est nécessaire seulement si la cliente a oublié deux comprimés ou plus et la méthode complémentaire doit être utilisée jusqu'à ce que la cliente ait pris 7 comprimés actifs (un comprimé actif par jour pendant 7 jours).
Raison fondamentale : Si deux ou plusieurs comprimés sont oubliés, une méthode complémentaire doit être utilisée jusqu'à ce que la cliente ait pris 7 comprimés actifs. L'oubli de comprimés peut avoir lieu en début de cycle (portant l'intervalle sans pilule de 7 à 9 jours et permettant peut-être la survenue d'une ovulation) (75, 150).
Sept jours d'exposition aux COC sont nécessaires pour empêcher le développement folliculaire (107, 195).
En cas de diarrhée et/ou de vomissements ?
Recommandation : Une méthode complèmentaire peut être conseillée dans le cas où les vomissements ou la diarrhée grave surviennent pendant l'heure qui suit la prise du comprimé. Si les vomissements ou la diarrhée grave persistent pendant plus de 48 heures (deux comprimés n'auront alors pas été pris), une méthode complémentaire sera nécessaire (jusqu'à ce que la cliente ait pris quotidiennement un comprimé actif pendant 7 jours).
Raison fondamentale : Les vomissements aigus et la diarrhée grave peuvent agir sur l'efficacité de la pilule. Dans ces cas, il est raisonnable d'utiliser une méthode complémentaire (204, 205).
Si la cliente suit un traitement anti-paludéen ?
Recommandation : Aucune méthode complémentaire n'est nécessaire.
Raison fondamentale : Pour les anti-paludéens étudiés jusqu'à ce jour, il n'a pas été mis en évidence de diminution de l'efficacité des COC. La chloroquine et la primaquine n'ont pas montré d'effet sur les taux plasmatiques de COC ou sur l'inhibition de l'ovulation. Il n'a pas été démontré que la tétracycline (qui est utilisée à faible dose en combinaison avec la quinine) compromette l'effet des COC (15, 50, 108, 197).
Q. 7. A quel moment du cycle peut-on passer
des COC à d'autres méthodes ?
Recommandation : Une cliente peut passer à d'autres méthodes à n'importe quel moment. Si elle a pris la pilule correctement et régulièrement, vous pouvez être raisonnablement sûr qu'elle n'est pas enceinte.
Une méthode d'appoint n'est pas nécessaire, sauf si la femme passe aux injectables ou implants de Norplant. Le prestataire pourra recommander qu'elle continue à prendre les COC le jour où elle reçoit la première injection ou les implants.
Certains cliniciens recommandent que la femme termine sa plaquette de pilules pour retarder la prochaine menstruation.
Raison fondamentale : Les injectables et les implants Norplant sont généralement efficaces dans les 24 heures, à moins que la femme n'ait déjà une glaire cervicale féconde. La femme devrait prendre la pilule comme méthode d'appoint si elle n'a pas sa menstruation à cause d'un léger risque de conception lié à un rapport sexuel non protégé pendant ces 24 heures, jusqu'à moment où l'injectable ou les implants deviennent efficaces (219, 270).
Q. 8. Quelle est la conduite à tenir face à
l'aménorrhée chez les utilisatrices des COC ?
Recommandation : Bien que l'aménorrhée ne soit pas inhabituelle chez les utilisatrices des COC, il faut envisager la possibilité d'une grossesse. Si la femme a pris correctement et régulièrement les COC et si elle n'a aucun autre symptôme de grossesse, il suffit de la rassurer car il est improbable qu'elle soit enceinte. Même si la femme est enceinte et si l'embryon est exposé aux COC, les meilleures preuves dont on dispose à ce propos montrent qu'il n'y a pas de conséquence négative pour l'embryon.
En présence de symptômes ou d'autres raisons laissant soupçonner une grossesse, particulièrement si des pilules ont été oubliées, en conséquence, il faut faire un bilan. Si l'on ne peut pas immédiatement faire un test de grossesse, il faut conseiller à la cliente de continuer à prendre la pilule jusqu'à ce que ce test puisse être fait ou sinon l'envoyer dans un service de santé où il peut être effectué.
Raison fondamentale : L'aménorrhée peut être un effet secondaire des COC. L'aménorrhée n'est pas inhabituelle chez les femmes utilisant la pilule à faible dose, 35 mcg d'oestrogènes ou moins, elle peut être due à l'insuffisance de développement du revêtement de l'utérus.
La grossesse est aussi possible mais il faut savoir que les COC sont efficaces à plus de 99 % s'ils sont correctement utilisés.
On recommande toujours qu'une femme enceinte évite de prendre des médicaments inutiles. Mais si la femme tombe enceinte au moment où elle utilise des COC, il ne semble pas y avoir de risque accru de malformations congénitales pour l'embryon (28, 114, 251).
Q. 9. La cliente doit-elle se rendre dans un centre ou consulter un médecin pour recevoir des COC ?
Recommandation : Non. L'initiation de la méthode et le réapprovisionnement
en COC peuvent être effectués par des prestataires formés autres que des
médecins, y compris les personnels de la distribution à base communautaire
(DBC), que ce soit dans un cadre clinique ou non-clinique. En outre, les
COC peuvent être délivrés sans prescription, si une information adéquate
est fournies à la cliente. (Voir Tableau, Importance
de certaines procédures pour la prestation des méthodes de planification
familiale, pour les points d'orientation appropriés).
Les prestataires DBC et d'autres services de PF non-cliniques doivent utiliser des listes de contrôle pour déterminer les cas où la femme peut recevoir une quantité limitée de COC et, également, être adressée à un centre. L'idéal serait que ces listes de contrôle contiennent seulement 5 à 10 points.
Raison fondamentale : Les études montrent que les COC peuvent être administrés sans danger et de manière efficace par l'intermédiaire d'une distribution non-clinique (231, 246, 320).
Recommandation : En cas de plaintes ou de symptômes (dus ou non aux COC) inquiétant le prestataire ou la femme, la femme doit être adressée à un service adapté. Si la femme veut continuer les COC, leur prise peut être poursuivie, à moins qu'un problème grave lié aux oestrogènes (tel qu'une hypercoagulation sanguine) ne soit soupçonné.
Raison fondamentale : L'arrêt des COC quand il n'est pas nécessaire peut porter de graves préjudices (risques de grossesse, risques d'avortement).
Q.10. Quelle est la formule de COC recommandée pour la pilule contraceptive d'urgence (PCU) ?
Recommandation : Si des COC contenant 50 mcg d'estradiol d'éthinyle (EE) et 250 mcg de lévonorgestrel (ou 500 mcg de norgestrel) sont utilisés, deux pilules devraient être prises chaque fois. Les deux doses doivent être prises à 12 heures d'intervalle et dans les 72 heures suivant le rapport sexuel non protégé (voir Question 11).
Les deux doses devraient totaliser au moins 200 mcg d'EE et 1 mg de lévonorgestrel (ou 2 mg de norgestrel). C'est la méthode Yuzpe qui est le régime de PCU recommandé.
50 mcg d'EE (p. ex., Ovral, Feminal), chacune avec 250 mcg (0,25 mg) de lévonorgestrel ou 500 mcg (0,5 mg) de norgestrel :
No. de pilules pour la première dose : 2
No. de pilules pour la seconde dose (12 heures plus tard) : 2
Raison fondamentale : La méthode Yuzpe est recommandée car les faits ont montré qu'elle a un taux d'efficacité d'environ 75 % pour la prévention de la grossesse et qu'également les COC sont accessibles et sans danger. La sécurité et l'efficacité d'autres méthodes sont en train d'être étudiées (274, 291).
Le calcul de l'efficacité de 75 % est basé sur le nombre de grossesses attendues, comparé au nombre de grossesses observées. Les grossesses attendues sont calculées en appariant le jour du cycle où les rapports sexuels avec les taux de conception prévus, par jour spécifique du cycle. Par conséquent, si 100 femmes ont des rapports sexuels non protégés pendant la deuxième ou la troisième semaine de leur cycle menstruel, environ huit tomberont enceintes. Si ces mêmes femmes avaient utilisé la PCU, seules deux seraient tombées enceintes (réduction de 75 %) (274).
Recommandation : Si des COC contenant 30 mcg d'EE et 150 mcg de lévonorgestrel (ou 300 mcg de norgestrel) sont utilisés, quatre pilules devraient être prises, suivies par quatre autres 12 heures plus tard.
30 mcg ou 35 mcg d'EE chacun avec 150 mcg (0.15 mg) lévonorgestrel ou 300 mcg (0.3 mg) norgestrel :
No. de pilules pour la première dose : 4
No. de pilules pour la seconde dose (12 heures plus tard) : 4
Raison fondamentale : Deux doses comprenant chacune quatre pilules 30/150 mcg sont recommandées parce que chaque dose correspond au moins au minimum du régime Yuzpe de 100 mcg d'EE et de 0,5 mg de lévonorgestrel (ou 1 mg de norgestrel) par dose.
Le norgestrel contient deux isomères, dont l'un seulement est bioactif (lévonorgestrel) et, par conséquent, 0,5 mg de lévonorgestrel est bioéquivalent à 1,0 mg de norgestrel (44, 128, 326).
Q.11. Est-ce que la PCU peut être utilisée quatre, cinq ou six jours après un rapport sexuel non protégé ?
Recommandation : L'on recommande que la PCU soit prise dans les 72 heures suivant le rapport sexuel non protégé pour une efficacité maximale mais la PCU pourrait avoir un certain effet résiduel au-delà de 72 heures, surtout s'il n'y a pas d'ovulation.
Rationale fondamentale : En théorie, l'efficacité de la PCU prise après 72 heures est plus faible que l'efficacité de la PCU prise dans le créneau recommandé de 72 heures. Jusqu'à présent, presque toutes les études n'ont mesuré que l'efficacité de la PCU pendant 72 heures maximum après le rapport sexuel. Si le régime est démarré au-delà de 72 heures après les rapports sexuels, le taux d'échec pourrait être plus important.
Cependant, si la PCU agit essentiellement par la prévention ou le retard de l'ovulation, les variations dans le calendrier de l'utilisation de la PCU par rapport à l'ovulation pourraient la rendre efficace pendant plus longtemps que 72 heures. La limite de 72 heures est actuellement à l'étude (44,105, 273, 351).
Q.12. Etant donné que la PCU peut provoquer des nausées, faudrait-il prescrire systématiquement des anti-émétiques ? Quel conseil doit-on donner à une femme qui vomit peu de temps après avoir pris la PCU ? Est-ce qu'une diarrhée grave diminue l'efficacité de la PCU ?
Faudrait-il donner systématiquement des anti-émétiques ?
Recommandation : Pas forcément. Les anti-émétiques ne sont généralement pas recommandés pour une utilisation de routine car elle ne profitera pas à la majorité des femmes recevant la PCU et elle risque de ne pas être efficace par rapport aux coûts dans certaines régions. Certains prestataires recommandent de prendre la PCU avec de la nourriture pour diminuer le risque de nausées et vomissements.
Cependant, s'ils sont disponibles, on peut les prescrire en indiquant qu'il faut les prendre une heure avant la première dose de PCU, surtout pour les femmes qui ont tendance à avoir des nausées et vomissements après la prise d'oestrogènes.
Pour que les anti-émétiques soient efficaces avec la PCU, ils doivent être pris avant que les symptômes n'apparaissent.
Raison fondamentale : Environ 50 % des femmes qui prennent la CPU ont des nausées et environ 20 % à 30 % vomissent. L'utilisation d'un anti-émétique prophylactique peut prévenir les nausées et les vomissements mais les anti-émétiques par voie orale n'aident pas forcément une fois que la nausée a commencé (290, 328, 330).
Vomissements ?
Recommandation : Si une patiente vomit dans les deux heures qui suivent la prise de la PCU, certains prestataires recommandent de répéter la dose.
Dans le cas de vomissements graves, certains prestataires recommandent d'administrer la pilule par voie vaginale.
Raison fondamentale : Une dose efficace d'hormones peut ne pas avoir été absorbée dans le sang dans les deux heures qui suivent. En cas d'administration vaginale, les taux sanguins d'oestrogènes et de progestatifs sont probablement équivalents à l'administration par voie orale selon la fréquence des effets secondaires provoqués par l'oestrogène et les études préliminaires sur l'efficacité (44, 128).
Est-ce qu'une diarrhée grave diminue l'efficacité ?
Recommandation : Cela est possible. Une diarrhée grave peut diminuer l'efficacité des COC et, partant, de la PCU.
Raison fondamentale : Une diarrhée grave qui persiste pendant 24 heures ou plus peut interférer avec l'absorption de la PCU et diminuer l'efficacité du régime (204).
Q.13. Existe-t-il des interactions importantes entre
certains médicaments et la PCU ?
Recommandation : Probablement. On ne dispose que de peu d'information directe concernant les interactions médicamenteuses et la PCU et l'on peut probablement appliquer à la PCU les interactions déjà connues entre certains médicaments et les COC.
Raison fondamentale : Les anticonvulsants, tout particulièrement les hydantoïnes (par exemple, la phénytoïne), les barbituriques (par exemple, la primidone, le phénobarbital) et la carbamazépine (non barbiturique) sont à l'origine d'un métabolisme accru et, partant, ils éliminent les oestrogènes et les progestatifs dans la bile et diminuent l'efficacité des COC (les nouveaux anti-épileptiques qu'on trouve sur le marché, notamment la vigabatrine, la lamotrigine et l'acide valproïque, ne sont pas inclus) (204, 291, 326).
La rifampicine (antituberculeux) et la griséofulvine (antifongique) causent une induction par micro-enzymes hépatiques, diminuant ainsi les niveaux sanguins des COC ; on part du principe que l'efficacité du régime de la PCU est également faible (204, 327).
Recommandation : Les femmes qui prennent des médicaments inducteurs enzymatiques du foie, surtout les traitements à base d'anticonvulsants (phénytoïne, phénobarbital et carbamazépine) ou la rifampicine devront
peut-être prendre une dose plus élevée que le régime de la PCU recommandé, ou employer le DIU (si cela est approprié) pour la contraception d'urgence effective. Toutefois, une dose accrue de la PCU peut augmenter la gravité ou la durée des effets secondaires.
Raison fondamentale : Pour les femmes qui prennent des anticonvulsants ou de la rifampicine et qui ont besoin d'une contraception d'urgence, certains experts recommandent de doubler la dose de la PCU (339, 350).
Recommandation : Vu que la plupart des anticonvulsants sont liés à un risque de malformations congénitales, il est particulièrement important de prévenir une grossesse non desirée.
Raison fondamentale : Presque tous les anticonvulsants sont tératogènes (9, 185).
Recommandation : Il est peu probable que des antibiotiques polyvalents affectent de manière significative l'action des COC, y compris la PCU.
Raison fondamentale : Rien ne montre que les antibiotiques polyvalents diminuent l'efficacité des COC, aussi en l'absence de données pour la PCU, les experts partent du principe qu'il n'existe pas non plus d'effets cliniques importants pour l'utilisation de la PCU (16, 334, 337, 343).
Q.14. La PCU peut-elle être fournie à l'avance pour un éventuel rapport sexuel non protégé ?
Recommandation : Oui. Le fait de fournir la PCU à l'avance améliorera l'accès à la méthode et la capacité de la cliente à l'utiliser dans les 72 heures recommandées.
Par exemple, si une femme consulte pour des soins gynécologiques, la contraception ou le traitement de maladies sexuellement transmissibles (MST), on peut lui fournir la PCU et lui donner des conseils sur sa utilisation.
Le fait de fournir à l'avance l'information et les produits de la PCU (ou une ordonnance) peut être particulièrement indiqué pour des femmes qui dépendent de méthodes de barrière ou de l'abstinence périodique.
Raison fondamentale : Le régime Yuzpe ne comporte pas de danger. Si les directives de prescription sont respectées par le prestataire, il est peu probable que les femmes souffriront d'effets secondaires suite au régime. En outre, la PCU aide à protéger la femme contre la grossesse et l'avortement qui peuvent être plus dangereux que l'utilisation de la PCU.
L'une des barrières à l'utilisation réside dans la difficulté d'accéder à la PCU dans les 72 heures qui suivent le rapport sexuel non protégé. Il est pratique, tant pour le prestataire que pour les femmes, de fournir l'information avec les produits de la PCU à l'avance (ou une ordonnance). Cela élimine la nécessité d'une autre consultation clinique et garantit par ailleurs la disponibilité immediate de la PCU après le rapport sexuel non protégé (274, 291, 336, 350, 353).
Q.15. Quelles sont les méthodes contraceptives les mieux indiquées pouvant être commencées immédiatement après l'utilisation de la PCU ? Quand peut-on les commencer ?
Recommandation : Les méthodes de barrière et les autres méthodes non hormonales peuvent être commencées immédiatement après l'utilisation de la PCU.
Les contraceptifs oraux peuvent être commencés immédiatement après l'utilisation de la PCU (avec un examen de routine). Avec l'examen de routine, certains prestataires fournissent également immédiatement l'acétate de médroxyprogestérone (DMPA) vu le faible risque de grossesse (2 %) suivant l'utilisation de la PCU, et le faible risque d'effets tératogènes ; d'autres prestataires préfèrent attendre le début des menstruations avant de fournir des contraceptifs injectables.
Les méthodes de longue durée, telles que le DIU ou les implants Norplant, peuvent être commencées avec le retour des menstruations.
Si le DIU est le choix approprié, il peut être employé comme contraceptif d'urgence. Selon le OMS, Le DIU en cuivre peut être mis en place dans les cinq jours qui siuvent un rapport sexuel non protegé.
Raison fondamentale : Il n'existe pas de données cliniques indiquant que l'utilisation de telle méthode est plus indiquée que telle autre après l'emploi de la PCU. Ce choix devrait revenir à la cliente et à son prestataire. Si la cliente utilisait la pilule lorsqu'elle est venue pour obtenir la PCU, il faudrait discuter de la raison pour laquelle elle a oublié de prendre la pilule.
L'on recommande toujours qu'une femme enceinte évite des médicaments inutiles. Mais si la femme est déjà enceinte ou tombe enceinte suite à l'échec de la PCU et qu'elle choisit une méthode hormonale, les meilleurs faits dont on dispose n'indiquent pas de risque accru de malformations congénitales pour le foetus (28, 251, 291, 302).
Ni les femmes qui savent qu'elles sont gravides ni celles qui ne peuvent pas continuer l'emploi du DIU pour des raisons médicales ne doivent employer le DIU comme contraception d'urgence (302).
Q.16.Est-ce que l'utilisation de la PCU devrait être
limitée à la période qui entoure l'ovulation ?
Recommandation : Non. La PCU peut être utilisée à n'importe quel moment du cycle menstruel. Si la cliente est préoccupée par le risque de grossesse, elle devrait recevoir la PCU, quel que soit le moment du cycle. C'est tout notamment le cas si la cliente prend déjà des COC. Les utilisatrices des COC n'ont pas un tel cycle menstruel.
Raison fondamentale : Il est difficile de savoir quand l'ovulation a lieu dans un cycle donné en particulier pour les femmes qui ont des cycles irréguliers. Le risque de conception est le plus élevé entre le sixième jour avant l'ovulation et un jour après l'ovulation (290, 355).
Les utilisatrices des COC n'ont pas de « cycle menstruel » ; l'oubli de pilules permet le développement folliculaire qui peut aboutir à une ovulation (150, 168). |