Encadres

Une information en évolution sur les hommes
Appliquer les leçons en Jordanie : Ensemble pour une famille heureuse


Une information en évolution sur les hommes

Jusqu'à récemment les données étaient rares sur les connaissances, les attitudes et les pratiques des hommes en matière de planification familiale (76, 90, 106). La plupart des enquêtes de planification familiale interviewaient uniquement les femmes mariées en âge de procréer, non pas leur mari ou d'autres hommes, mariés ou célibataires. Le peu d'information disponible sur les hommes était obtenue sous forme supplétive par leur épouse (196, 206).

Quelques sondages à grande échelle — tels que les enquêtes sur la prévalence contraceptive aux Caraïbes, réalisées au début des années 80, l'enquête sur la fécondité en Egypte en 1980 et l'enquête sur la fécondité en Thaïlande en 1975 — ont posé directement aux hommes des questions sur la planification familiale (90). En fonction des faits dégagés par ces enquêtes, Moira Gallen et ses collègues ont conclu, en 1986, que les hommes étaient généralement en faveur de la planification familiale (90). La plupart des hommes interrogés dans le cadre de l'enquête mondiale sur la fécondité pendant les années 70 et des enquêtes sur la prévalence contraceptive au début des années 80 souhaitaient partager la responsabilité des décisions concernant la planification familiale. Ils connaissaient au moins une méthode de planification familiale mais un grand nombre ne savaient pas où obtenir des services ou produits de planification familiale. Les hommes avaient tendance à connaître les méthodes masculines mais non pas celles destinées aux femmes. Les enquêtes faites en République dominicaine et en Thaïlande suggèrent que les hommes et les femmes souhaitaient environ le même nombre d'enfants (90).

Les enquêtes récentes faites auprès des hommes viennent confirmer ces premiers résultats. Depuis 1987, lorsque la première enquête démographique et de santé (EDS) des hommes mariés a été faite au Burundi, environ 40 EDS ont interviewé plus de 45.000 hommes en Afrique de l'Est, en Afrique de l'Ouest, en Afrique du Nord et en Asie (147). La plupart des données des EDS sur les hommes proviennent de l'Afrique subsaharienne. L'EDS qui interviewait d'abord uniquement d'abord les maris des femmes qui étaient également interviewées interviewent à présent également les hommes célibataires. De plus, les Centers for Disease Control and Prevention des Etats-Unis, conjointement avec des institutions nationales, ont réalisé des enquêtes représentatives faites auprès d'hommes adultes au Honduras et en Jamaïque.

Alex Ezeh et ses collègues ont analysé les résultats des l'EDS sur les connaissances, attitudes et pratiques des hommes en matière de contraception dans 15 pays où plus de 21 000 hommes mariés ont été interviewés entre 1987 et 1993 (76). L'étude d'Ezeh est l'une des premières à présenter des données comparables sur les hommes dans différents pays (147).

En outre, pour le présent numéro, Population Reports a analysé les données provenant de 11 autres EDS faites auprès d'hommes: Bangladesh (1996–1997), Brésil (1996), République centrafricaine (1994–1995), Côte d'Ivoire (1994), Haïti (1994–1995), Malawi (1996), Mali (1995–1996), Sénégal (1997), Tanzanie (1996), Ouganda (1995) et Zimbabwe (1994). Les résultats de ces données sont analogues à ceux d'Ezeh et de ses collègues. (Voir Chapitre 3)

Grâce à ces enquêtes à grande échelle ainsi qu'à des études plus petites, l'on comprend mieux à présent qu'il y a 10 ans les connaissances, attitudes et pratiques des hommes sur le plan de la planification familiale et de la santé reproductive. Toutefois, le tableau reste incomplet et n'est qu'un survol d'un groupe bien plus complexe que ne le laissent penser à elles seules les statistiques des enquêtes (46, 118, 157, 262). Un plus grand nombre d'études qualitatives approfondies aideraient à mieux saisir certains aspects, tels que la prise de décisions chez les hommes en matière de procréation, le besoin non satisfait des hommes pour la planification familiale, l'écart entre l'approbation et l'utilisation de la contraception chez les hommes et la manière dont les différents groupes d'hommes envisagent les questions liées à la santé reproductive.

Un nouveau questionnaire pour les hommes, élaboré aux fins d'être inclus dans les enquêtes EDS 1999, vise à combler un certain nombre de ces lacunes de connaissance. Les premiers questionnaires des EDS pour les hommes étaient calqués sur le questionnaire des femmes. Le nouveau module des hommes fait partie du Projet de suivi et d'évaluation pour évaluer et utiliser les résultats (MEASURE) qui, à l'instar des enquêtes précé- dentes, reçoit un appui de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international.

Voici certains des domaines envisagés par les nouvelles enquêtes: le rôle que les hommes jouent dans l'adoption de la contraception, le comportement des hommes sur le plan de la santé, par exemple, l'alcoolisme et le tabagisme et la participation des maris aux soins de santé de leurs enfants (220). De plus amples informations sur la nouvelle enquête des hommes sont disponibles auprès du site web de MEASURE : http://www.measuredhs.com/.


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Appliquer les leçons en Jordanie :
Ensemble pour une famille heureuse

Dieu nous fait la grâce de nous envoyer des enfants mais en même temps, il nous dit que, si nous avons une raison de ne pas souhaiter des enfants... alors il n'est pas interdit d'utiliser la contraception. — Homme d'une ville en Jordanie qui utilise la planification familiale (78)

En Jordanie, la campagne de communication Ensemble pour une famille heureuse fait appel aux nouvelles perspectives pour accroître la participation des hommes à la santé reproductive. La campagne a été réalisée par la Commission nationale de la population de la Jordanie avec l'assistance des Services de communication en matière de population, Johns Hopkins, et avec un financement de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international.

Rôles et attitudes des hommes

En Jordanie, à l'instar de maints autres pays, les hommes jouent un rôle principal au niveau de la prise de décisions liées à la procréation. En Jordanie, les hommes doivent prendre l'initiative en ce qui concerne les questions familiales. Les femmes hésitent à soulever le thème de la planification familiale avec leur époux à moins que celui-ci n'évoque le sujet (120).

Une enquête faite en 1996 constate que, parmi les couples qui n'avaient jamais utilisé la contraception, seuls 40 % avaient discuté de la planification familiale comparés à 86 % chez les utilisateurs actuels de la contraception (249). Presque 20 % des femmes qui n'avaient jamais utilisé la contraception indiquaient que l'opposition du mari était la principale raison. De plus, 40 % des hommes ont dit que les couples devaient continuer à avoir des enfants jusqu'à ce qu'ils aient un fils (78).

Depuis 1946, la population de la Jordanie est parmi celles croissant le plus rapidement au monde, augmentant à une cadence de 4,3 % par an. Si le taux d'accroissement actuel se maintient, la population du pays doublera en 28 ans.

Si un pourcentage important des hommes jordaniens pensent que l'espacement des naissances est permis par l'Islam, ils sont pourtant incertains quant aux méthodes contraceptives spécifiques. Un grand nombre d'entre eux pensent que les méthodes modernes ne sont pas naturelles, ont des effets secondaires peu désirables ou encore des implications négatives à long terme sur la santé et, partant, ne sont pas compatibles avec l'Islam. Ces résultats montrent que des efforts en vue d'améliorer les connaissances, les attitudes et les pratiques des hommes auraient des effets positifs sur la santé et le bien-être de la famille (120).

Atteindre les hommes, améliorer la santé

La campagne Ensemble pour une famille heureuse a présenté la planification familiale dans le cadre de la vie jordanienne, en harmonie avec les valeurs traditionnelles et les préceptes religieux et comme un moyen permettant d'améliorer la santé et le bien-être des familles. La campagne souligne quatre thèmes dans les messages (120):

  • Communication au sein du couple,
  • Valeur égale de la petite fille,
  • Innocuité, efficacité et réversibilité des méthodes modernes et leur conformité à l'Islam,
  • Meilleure qualité de la vie grâce à la planification familiale.
Ensemble pour une famille heureuse s'est servi des leçons apprises ces 10 dernières années concernant la participation des hommes à la santé reproductive. Le projet se sert de la connaissance des hommes et de leur approbation de la planification familiale en utilisant les dirigeants communautaires et religieux comme défenseurs de la cause. La campagne a encouragé des rôles masculins positifs ainsi que la communication au sein du couple à propos de la planification familiale. Elle traite des rôles des deux sexes en préconisant une valeur égale pour les filles et les fils. Elle respecte les préoccupations des hommes puisqu'elle assure l'approbation de l'utilisation de la contraception par l'Islam.

Dans le cadre de la campagne des annonces à la télévision et à la radio nationales, on présentait des hommes dans leur rôle de décideurs pour les questions de planification familiale. Chaque annonce se concentrait sur l'un des quatre thèmes de la campagne. De plus, quatre brèves émissions ont été diffusées aux heures de grande écoute à la télévision nationale et 60 articles de presse, colonnes et comptes rendus dans les journaux ont été diffusés tout au long de la campagne. D'après les estimations, le volet mass media de la campagne a atteint 1,5 million d'hommes sur l'ensemble du pays (120).

Informer les dirigeants d'opinion

La campagne visait également à accroître l'approbation des méthodes contraceptives modernes chez les hommes en informant sur ces méthodes les dirigeants religieux et d'autres dirigeants d'opinion. Mi-1998, environ 2.000 dirigeants d'opinion hommes dans deux grandes villes ont assisté à des réunions communautaires où les dirigeants religieux, les médecins et les agents sociaux ont fait des présentations et ont animé des discussions sur ces thèmes. En préparation aux réunions, les dirigeants religieux de la Jordanie se sont rendus au Caire dans le cadre d'une visite d'observation où ils ont pu rencontrer des dirigeants islamiques préconisant la planification familiale et indiquant que l'Islam était d'accord car elle améliore la qualité de la vie familiale.

Les participants des réunions communautaires ont discuté de la planification familiale et de l'Islam et de la manière de motiver les hommes à discuter des questions liées à la santé familiale et à consulter les services de santé. Les participants se sont mis d'accord pour utiliser leurs nouvelles connaissances, une fois de retour dans leur communauté, afin d'encourager le soutien pour la planification familiale et l'emploi de la contraception parmi leurs réseaux sociaux — visant ainsi à un effet en cascade qui pourrait atteindre jusqu'à 50.000 personnes (120).

Il est trop tôt pour évaluer la campagne intégrale mais les données préliminaires permettent d'être optimistes. Bien que les hommes des réunions communautaires aient été plus âgés et plus conservateurs que la population en général, leurs attitudes ont nettement changé. Par exemple, après les réunions, le pourcentage de participants pensant que la dimension familiale devrait être discutée avec les épouses est passé de 61 % à 69 %. Le pourcentage de participants qui pensaient qu'il était très important d'avoir au moins un enfant du sexe masculin a diminué, passant de 52 % à 44 %. L'approbation, chez les participants, de l'utilisation de méthodes contraceptives s'est accrue, de 74 % à 84 % et parmi les non-utilisateurs, le pourcentage ayant l'intention d'utiliser les méthodes contraceptives a augmenté, de 25 % à 38 % (128).

Ces résultats indiquent que le fait d'atteindre les hommes peut faire une différence. Au fur et à mesure qu'un plus grand nombre d'hommes sont exposés aux campagnes reposant sur les nouvelles perspectives entourant la participation des hommes, les attitudes des hommes peuvent continuer à changer et l'utilisation de la contraception peut augmenter.


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