Table des matières
Chapters
  1. L’épidémie invisible
  2. Comment les jeunes deviennent infectés
  3. Pourquoi si vulnérable ?
  4. Lutter contre l’épidémie
  5. Etablir un contact
  6. Conséquences de l’inaction
  7. VIH/SIDA : Ce que ls jeunes veulent savoir
  8. Profils
  9. La jeunesse au centre
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Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland 21202, USA

Volume XXIX, numéro 3,
Automne 2001
Série L, Numéro 12
Problèmes mondiaux de santé

Les conséquences de l’inaction

Il n’existe guère de possibilités de ralentir l’épidémie de SIDA parmi les jeunes dans le monde en l’absence d’une stratégie d’ensemble et d’une campagne générale visant à mettre un terme aux infections causées par le VIH. Même si des interventions vigoureuses sont immédiatement entreprises pour freiner le SIDA dans le monde, elles seront trop tardives pour un grand nombre de jeunes. Au Zimbabwe, par exemple, à cause du SIDA un garçon de 15 ans en 1997 a 50 % de chances de mourir avant son cinquantième anniversaire, contre 15 % dans le cas d’un garçon de quinze ans en 1983. Au Botswana, aux niveaux actuels de risque, 90 % des filles et 88 % des garçons qui ont eu 15 ans en 2000 sont condamnés à mourir du SIDA. Au Zimbabwe et en Afrique du Sud, le SIDA entraînera la mort de près des trois quarts des garçons aujourd’hui âgés de 15 ans (162, 420).

Il y a pire : selon des estimations de l’ONUSIDA, les morts à la suite du SIDA ne diminueront que légèrement dans les pays les plus durement touchés par l’épidémie, même si on pouvait réduire de moitié le risque d’infection d’ici 2015. En effet, il y a déjà tant de séropositifs qu’ils risquent d’infecter beaucoup d’autres personnes (162). Au Botswana, même si on réduisait de moitié le risque d’infection d’ici 2015, près de 80 % des garçons actuellement âgés de 15 ans mourront du SIDA. De même, en Zambie, même avec 50 % de réduction du risque de VIH en 2015, plus de la moitié des garçons qui ont aujourd’hui 15 ans mourront du SIDA (voir Figure 4). Ces terribles statistiques sont également valables pour les filles qui ont actuellement 15 ans.

A moins de prendre immédiatement des mesures concertées de prévention du SIDA susceptibles de réduire presque à zéro le risque d’infection par le VIH, il est peut-être déjà trop tard pour éviter le nombre catastrophique de morts du SIDA parmi la génération actuelle de jeunes hommes et de jeunes femmes qui vivent dans les pays où la prévalence du VIH est la plus élevée, tels que les pays d’Afrique australe. Dans les autres pays où le VIH n’est pas encore répandu, l’adoption de stratégies qui empêchent sa diffusion parmi les jeunes peut aider des millions de jeunes à éviter un sort analogue.

Il est essentiel d’empêcher les jeunes d’attraper le VIH/SIDA si on veut atteindre le but défini en 2001 par la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le SIDA (166) — réduire de 25 % d’ici 2005 la prévalence du VIH dans les pays les plus durement frappés. Les interventions doivent toucher toutes sortes de jeunes, dont les enfants qui s’approchent de la puberté, les adolescents et les jeunes adultes, et doivent s’attaquer à tout une série de facteurs afin d’aboutir à un comportment sain et de le faire perdurer (voir encadré, La jeunesse au centre).

Ethiopian poster

CARE Ethiopia

Cette affiche de l'Ethiopie dépeint le SIDA tel qu'il est : un fléau. Dans le monde, seule une vaste campagne contre le VIH/SIDA peut espérer mettre un terme aux souffrances.

Conséquences sociales et économiques

Des niveaux élevés de séropositivité dans une population de plus en plus jeune indiquent que la société n’a pas réussi à protéger les enfants (158). Ce faisant, le monde met en jeu son avenir. Si les niveaux de prévalence du VIH augmentent, non seulement les conséquences pour la santé seront graves mais les conséquences démographiques, économiques et sociales le seront aussi (111).

A cause de la forte mortalité imputable au SIDA, les populations de certains pays d’Afrique sub-saharienne vont commencer à diminuer d’ici trois ans (338). En 2010, l’espérance moyenne de vie à la naissance pourrait tomber à 30 ans environ dans certains pays durement touchés par le SIDA, tels que le Bostwana, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland et le Zimbabwe. Au Lesotho, au Malawi, en Rwanda et en Afrique du Sud, on prévoit que l’espérance de vie tombera aux alentours de 35 ans. Dans certains endroits, le SIDA ramène l’espérance de vie aux niveaux d’il y a un siècle (338).

Il est plus difficile d’évaluer et de prédire l’impact social et économique du VIH/SIDA que de faire des projections démographiques. En effet, il n’y a aucun pays où l’épidémie de SIDA ait déjà atteint un plateau (398). Par ailleurs, il n’est pas facile de mesurer certains des impacts du VIH/SIDA, par exemple le désespoir et la douleur (334). Quoi qu’il en soit, il est probable que la mort prématurée d’un si grand nombre d’adultes conduira à des pénuries de main d’œuvre et créera de nouveaux besoins de protection sociale (4, 165).

Au fur et à mesure que les adultes seront de plus en plus nombreux à mourir du SIDA, ce sont des adultes de plus en plus jeunes qui deviendront responsables de la gestion du gouvernement, y compris des services fondamentaux tels que la sécurité civile, les tribunaux, l’éducation et les soins de santé (222). D’ores et déjà, dans les pays les plus durement frappés par le SIDA, plus du quart du personnel médical est séropositif (166).

Dans certaines collectivités, beaucoup d’adolescents sont chefs de famille, élèvent les enfants et prennent soin de leurs parents qui meurent du SIDA (165). En l’absence d’interventions immédiates, ce qui est vrai aujourd’hui des collectivités le deviendra à l’avenir pour des villes, grandes et petites, voire des pays tout entiers.

Pénuries d’enseignants. Pour des raisons inconnues, les taux de VIH/SIDA sont extrêmement élevés parmi les enseignants et les administrateurs scolaires, notamment en Afrique. En République centrafricaine, il a fallu fermer 107 écoles pour manque d’enseignants, surtout à cause du VIH/SIDA. En Zambie, durant les 10 premiers mois de 1998, on estime que 1.300 enseignants sont morts — soit les deux-tiers des nouveaux enseignants formés chaque année (361). Au Botswana, la mortalité des instituteurs a augmenté de 60 % durant les cinq dernières années (364).

Les chercheurs estiment qu’en Afrique, un enseignant séropositif perd 6 mois de travail avant d’avoir le SIDA, puis perd 12 autres mois avant de mourir de la maladie (2, 162). En 1999, on estime que 860.000 enfants vivant en Afrique sub-saharienne ont perdu leurs enseignants à cause du SIDA (361). On peut s’attendre éventuellement à des turbulences encore plus graves dans le secteur de l’éducation au cours des prochains mois. Dans une enquête portant sur quatre pays — Kenya, Ouganda, Zambie et Zimbabwe — le nombre de nouveaux enseignants dont on a besoin va dépasser le nombre de candidats, tout au moins jusqu’en 2010, et notamment dans les zones rurales (2, 162).

En présence de cette situation, certains planificateurs de l’éducation proposent d’aider les enseignants à apprendre à éviter le SIDA et de remettre en vigueur les codes de conduite qui interdisent les contacts sexuels entre enseignants et élèves (212). Certains préconisent déjà de nouvelles méthodes d’éducation, par exemple l’enseignement à distance, la formation sur le tas et une expansion des moyens de formation pédagogique des enseignants (62).

L’influence des pénuries d’enseignants se fera sans doute sentir de maintes façons, telles que pertes de possibilités d’éducation et augmentation des effectifs des classes. Pour les élèves, la présence dans la salle de classe d’un enseignant qui se meurt peu à peu du SIDA a toutes les chances d’exercer une influence psychologique débilitatrice (364).

Enfance perdue. Quand les morts du SIDA contraignent beaucoup d’adolescents à jouer des rôles d’adultes, il n’y a plus de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Souvent, les enfants doivent alors abandonner l’école pour s’occuper de parents qui se meurent. Comme le SIDA prélève une forte ponction sur les budgets familiaux, il reste moins d’argent pour l’éducation des enfants, les soins de santé et autres besoins. En Thaïlande, par exemple, 15 % des familles rurales touchées par le SIDA ont retiré un enfant de l’école. En Côte d’Ivoire, les familles ont réduit de moitié leurs dépenses d’éducation (4, 162). En Ouganda, après la mort d’un ou des deux parents, les enfants perdent la moitié de leurs possibilités de scolarisation et les jeunes qui vont à l’école y passent moins de temps qu’auparavant. En outre, les enfants qui soignent des parents atteints du SIDA mais continuent d’aller à l’école sont souvent plus âgés que leurs camarades de classe et risquent donc davantage d’abandonner rapidement leurs études (4, 222).

Parmi les stratégies qu’on propose pour atténuer l’impact du VIH/SIDA sur les enfants figure la subvention des frais de scolarité que représentent l’achat d’uniformes et les droits d’inscription. D’autres envisagent d’offrir des bons de repas ou d’organiser des repas scolaires gratuits (4).

Diminution de la productivité. La perte d’adultes à la suite du SIDA va sans doute causer une diminution de la productivité dans les pays les plus touchés. Certains économistes prévoient que, dans le secteur manufacturier la mortalité due au SIDA va provoquer une contraction des recettes et entraîner un ralentissement de la croissance économique (406). Le VIH/SIDA va probablement se solder par de graves pénuries de main d’œuvre, surtout en agriculture. Certaines régions signalent déjà un recul des cultures alimentaires (162). Les jeunes qui manquent d’expérience agricole ne connaissent sans doute pas grand chose de pratiques fondamentales telles que l’irrigation, la fertilisation et l’élevage. Ils ne pourront produire que ce qu’ils pourront cultiver eux-mêmes — ce qui signifie l’abandon des cultures de rapport et une évolution en direction d’une agriculture de subsistance (162). Conjuguées à des pratiques anti-sociales telles que la saisie des terres appartenant aux veuves et aux orphelins du SIDA, de telles évolutions pourraient compromettre la sécurité alimentaire dans certaines régions — où il se pose déjà de graves problèmes dans beaucoup de pays à faible revenu (124).

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