Table des matières
Chapitres
- Nouvelles preuves
- Espacement effectif ou préféré
- La contraception et l’espacement des naissances
- Qui a des intervalles plus courts ?
- Comment les programmes peuvent aider les couples à espacer les naissances
Faits saillants
Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins University Bloomberg School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland 21202, USA.
Volume XXX, Numéro 13
Eté 2002
Série L, Numéro 13
Questions de santé mondiale
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La contraception pour l’espacement des naissances
Il y a dans le monde des millions de femmes qui ont recours temporairement à la contraception pour atteindre les intervalles qu’elles préfèrent entre la naissance de leurs enfants. Toutes les formes de contraception, à l’exception de la stérilisation féminine et de la vasectomie, ont un caractère temporaire et peuvent servir à espacer et à limiter les naissances — en d’autres termes, à éviter d’avoir d’autres enfants.
Cependant, beaucoup d’autres femmes ne pratiquent pas la contraception, alors même qu’elles voudraient espacer davantage leurs enfants. On estime que ces femmes ont un besoin non satisfait de planification familiale. Les niveaux du besoin non satisfait de planification familiale sont encore plus élevés parmi les femmes qui veulent espacer les naissances que parmi celles qui veulent limiter les naissances, notamment en Afrique sub-saharienne.
Le nombre de femmes qui pratiquent actuellement la contraception pour espacer les naissances, plus le nombre de celles qui ont un besoin non satisfait, représentent le total du potentiel de la demande de contraception à des fins d’espacement. Tandis que beaucoup de femmes qui ont un besoin non satisfait à des fins d’espacement n’ont pas l’intention de recourir à la contraception, beaucoup d’autres utiliseraient sans doute des méthodes temporaires de contraception si divers obstacles étaient éliminés (151). Les programmes de planification familiale peuvent faire davantage pour surmonter les obstacles.
Dans les pays en développement, la demande potentielle de contraception pour espacer les naissances atteint un total important — environ le tiers de toutes les femmes en âge de procréer, d’après l’analyse faite par Population Reports des données des EDS de 54 pays. La plus grande partie de la demande potentielle pour l’espacement des naissances est le fait de femmes mariées qui ont peu d’enfants. En outre, certaines femmes mariées sans enfant veulent retarder la naissance de leur premier enfant (16, 79).
Dans l’ensemble du monde, la moitié environ du total de la demande potentielle de contraception émane de ceux qui ne veulent plus d’enfant. En d’autres termes, le niveau de la demande potentielle pour l’espacement des naissances est à peu près le même que celui de la demande qui vise la limitation des naissances. Cependant, dans 45 de ces 54 pays, moins de la moitié de la demande potentielle d’espacement est satisfaite. On peut en conclure que les programmes de planification familiale ne répondent pas aux besoins de contraception des jeunes femmes et des autres femmes qui veulent espacer les naissances aussi efficacement qu’ils répondent aux besoins des autres femmes qui souhaitent limiter le nombre de leurs enfants. Cependant, en même temps, les femmes qui veulent espacer la naissance de leur prochain enfant peuvent être moins motivées pour employer la contraception que les femmes qui ne veulent plus avoir d’enfants (195). Les conséquences d’une grossesse souhaitée mais mal programmée peuvent être moindres que celles d’une grossesse non souhaitée ; dans ces conditions, les femmes qui veulent retarder la naissance de leur prochain enfant peuvent être moins susceptibles de recourir à la contraception.
Dans les 54 pays étudiés, moins du tiers des femmes mariées en âge de procréer employaient la contraception pour espacer les naissances. Le recours à la contraception pour espacer les naissances va de 2 % des femmes au Pakistan à 29 % au Zimbabwe.
Dans la plupart des pays en développement, en dehors de l’Afrique sub-saharienne, la contraception sert bien plus à limiter les naissances qu’à les espacer. Cependant, en Afrique sub-saharienne, la contraception sert surtout à espacer les naissances parce que, dans l’esprit de beaucoup de traditions africaines, les familles doivent avoir de nombreux enfants et l’espacement des naissances fait partie de la tradition africaine (87). Parmi les 54 pays étudiés, on trouve, d’une part, le Niger où, parmi les 8 % de la population qui pratiquent la contraception se trouvent 84 % de femmes qui veulent retarder la naissance de leur prochain enfant au lieu de limiter le nombre de ces derniers. A l’autre extrême on trouve l’Inde, où à peine 7 % de l’emploi de la contraception, dont le taux atteint au total 48 %, sert à retarder les naissances, en grande partie parce que le programme traditionnel de planification familiale privilégie la limitation des naissances, au lieu de leur espacement (73, 84, 113) (voir figure 3).
Le niveau du recours à la contraception exerce, sur l’intervalle moyen entre les naissances, une influence qui varie d’un pays à l’autre mais semble être moins prononcée quand la pratique de la contraception est moins courante. Une analyse des données des EDS effectuées entre 1990 et 1995 dans 27 pays, dont la plupart se situent en dehors de l’Afrique sub-saharienne, révèle un effet de seuil dans le rapport entre l’emploi d’une méthode temporaire et la longueur des intervalles entre les naissances (131). Quand moins de 30 % des femmes d’un pays emploient des méthodes temporaires, le niveau de la prévalence de la contraception utilisée aux fins d’espacement n’exerce pas d’effet profond sur l’intervalle moyen entre les naissances dans ce pays. Cependant, dès que l’emploi de méthodes temporaires dépasse 30 %, les intervalles moyens entre les naissances s’allongent.
Selon une explication, comme les femmes qui veulent limiter les naissances sont mieux motivées pour empêcher la grossesse, elles sont en général les premières, dans un pays, à recourir à la contraception temporaire. L’emploi de la contraception finit par devenir mieux acceptable et les femmes qui veulent espacer les naissances se mettent elles aussi à y recourir. Au fur et à mesure que le pourcentage d’utilisatrices de la contraception aux fins d’espacement se met à augmenter, les intervalles entre les naissances s’allongent (131). Cette tendance est inversée en Afrique sub-saharienne, où la plupart des utilisatrices de la contraception veulent espacer les naissances (196).
Un nouvelle étude a estimé que, dans les pays en développement, 17 % des femmes mariées en âge de procréer ont un besoin non satisfait de planification familiale (156). Parmi les diverses régions, le niveau le plus élevé de besoin non satisfait aux fins d’espacement est en Afrique sub-saharienne, où il se situe à 16 % des femmes mariées. La proportion la plus élevée de besoin non satisfait d’espacement des naissances se situe également en Afrique sub-saharienne, à hauteur de 65 % de l’ensemble du besoin non satisfait de planification familiale (156). Une attitude d’ambivalence, le manque d’information, et une opposition personnelle et familiale expliquent la majorité des besoins non satisfaits parmi les femmes qui veulent retarder la naissance de leur prochain enfant. Le manque d’accès aux services de planification familiale est également un élément majeur qui intervient dans un grand nombre de pays (151, 195).
La notion de besoin non satisfait en termes d’espacement des naissances décrit des femmes qui ne pratiquent pas la planification familiale et déclarent vouloir d’autres enfants, mais pas avant au moins deux ans ou plus, ou qui ne sont pas sûres de vouloir un autre enfant ou encore qui veulent un autre enfant mais ne savent pas quand. La définition englobe les femmes enceintes dont la grossesse n’était pas souhaitée à cette date et les femmes qui n’ont pas leurs règles et dont les derniers enfants ne sont pas nés aux dates voulues (79, 198).
Les jeunes femmes et les femmes qui viennent d’accoucher ont un important besoin non satisfait d’espacement. Plus de 23% des femmes mariées âgées de 15 à 24 ans ont un besoin non satisfait d’espacement. Ce sont les jeunes femmes qui ont le tiers de l’ensemble des besoins non satisfaits (156), la plupart du temps aux fins d’espacement (6, 79). En outre, beaucoup de femmes qui viennent d’accoucher ne pratiquent pas la contraception mais ont l’intention de le faire. Une étude de femmes un an après leur dernier accouchement, prenant pour base 27 EDS effectuées entre 1993 et 1996, a constaté que les deux-tiers environ d’entre elles avaient un besoin non satisfait de planification familiale. Près de 40 % des femmes qui venaient d’accoucher avaient l’intention d’utiliser dans les 12 prochains mois une méthode de contraception (157). |