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Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins University Bloomberg School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland 21202, USA. Volume XXX, Numéro 13 |
Comment les programmes peuvent aider les couples à espacer les naissancesBien qu’il n’en soit pas toujours spécifiquement question, l’encouragement de l’espacement des naissances est depuis longtemps un but principal des programmes de planification familiale du monde entier (150). Les nouvelles preuves dont on dispose indiquant les bénéfices à retirer d’un espacement des naissances de 3 à 5 ans militent en faveur d’un redoublement d’efforts pour aider les couples à espacer leurs enfants, notamment les jeunes femmes qui veulent retarder plus longtemps leur prochaine grossesse. On aidera les femmes à réaliser les intervalles qu’elles préfèrent en élargissant, grâce à une série de mesures, l’accès à de bons services de planification familiale. Les programmes auront des stratégies différentes selon que les communautés préfèrent des intervalles entre les naissances de moins ou de plus de 3 ans. Dans le premier cas, les programmes peuvent élaborer des messages qui expliquent à tous les membres de la famille les avantages à retirer de naissances espacées de 3 à 5 ans. Lorsque les femmes et les couples veulent déjà des intervalles plus longs, les programmes peuvent alors augmenter l’accès aux méthodes de contraception et encourager leur usage continu afin d’aider à atteindre les buts d’espacement. Elaboration d’un message efficaceLes médias et les programmes de communication pourraient redoubler d’efforts pour faire mieux connaître les avantages de l’espacement des naissances. Cependant, on a besoin de mieux comprendre quels messages suscitent les meilleures réponses des publics visés. Les programmes doivent procéder à des essais pour voir si la population réagit aux messages qui mettent en relief les avantages pour la santé, et si elle réagit aussi aux messages qui soulignent les avantages sociaux d’un plus long espacement des naissances, tels qu’un accroissement de l’épargne, des économies de temps et de meilleurs soins donnés à la famille. Par exemple, une enquête effectuée en 1992 au Nigéria a constaté qu’au moins 85% des femmes et au moins 68 % des hommes étaient d’accord pour dire que l’espacement aide une mère à reprendre ses forces avant d’avoir un autre enfant, protège la santé des mères et contribue à la santé des enfants (86). En même temps, en Ouganda, des enquêtes ont constaté que les femmes qui jugeaient de façon positive l’espacement des naissances citaient d’autres avantages, dont le fait d’avoir des enfants plus âgés qui peuvent s’occuper de leurs cadets. Une femme a déclaré que l’espacement aide les femmes à paraître plus jeunes. « Un accouchement par an vous donne mauvaise mine et vous enlaidit », a-t-elle déclaré à un enquêteur (50). Comme la plupart des femmes ne prennent pas elles-mêmes les décisions qui concernent la planification familiale, il est utile que des messages visent les maris, les belles-mères et d’autres membres de la famille. Les avantages de l’espacement peuvent sembler attrayants à tous les membres d’un ménage. Par exemple, à l’occasion d’une étude effectuée en 1996 en Jordanie, une personne interrogée a résumé les divers avantages d’un allongement des intervalles entre les naissances en disant que des naissances espacées « donnent à chaque enfant le niveau approprié de soins et d’attention et donnent à la femme du repos et la possibilité de retrouver la santé. Elles donnent au mari la possibilité d’évaluer sa situation financière et de planifier l’avenir de sa famille » (52). D’autres recherches sont nécessaires pour savoir quels messages toutes les femmes et tous les couples peuvent comprendre le plus facilement et s’en souvenir. Il peut être préférable d’utiliser les intervalles entre la naissance et la grossesse parce qu’ils expliquent quand une femme peut reprendre une grossesse, au lieu d’indiquer quand elle peut avoir un autre enfant. On a parfois suggéré un message expliquant qu’une femme doit pratiquer la contraception jusqu’à ce que son dernier-né ait deux à quatre ans. Si elle se souvient de ce mes-sage, la femme n’a pas besoin de soustraire les neuf mois de grossesse, ce qu’elle devrait faire si elle employait l’intervalle entre les naissances, pour calculer si elle a suffisamment espacé ses enfants pour en tirer des avantages pour sa santé (178). Le slogan népalais « quand le premier enfant va à l’école, c’est le moment d’en avoir un deuxième », que diffusent les stations de radio de tout le pays, montre bien pendant combien de temps les couples devraient attendre pour espacer leurs enfants (104). Dans plusieurs pays, des campagnes de communication ont déjà commencé à employer le message de 3 ans. Par exemple, des affiches de l’Association pour la planification familiale du Ghana encouragent les parents à espacer de 2 à 3 ans la naissance de leurs enfants (137). Des affiches de l’Agence indienne pour les innovations en matière de planification familiale conseillent vivement aux couples d’attendre au moins 3 ans (176). Au Nigéria, le ministère de la Santé encourage un espacement de 3 à 4 ans entre les naissances (122). Au Bangladesh, des affiches suggèrent que les couples attendent 5 ans entre les naissances (158)(voir photos, ci-contre et page suivante). La plupart de ces campagnes de communication attirent l’attention de leur public sur les avantages sociaux et économiques de l’espacement, de préférence à ses avantages pour la santé.
Faut-il changer le message ? Les programmes de communication qui diffusent le nouveau mes-sage de 3 à 5 ans ont peut-être besoin d’élucider le conflit apparent qui existe alors avec l’ancien message de 2 ans d’espacement. Ce message de 2 ans a connu une grande popularité. Par exemple, quand des enquêtes demandaient quel était le meilleur nombre de mois entre les naissances, la plupart des femmes de la plupart des pays répondaient qu’un intervalle de 2 ans ou plus était le meilleur (15). Au Malawi, 95 % des femmes ont répondu à une enquête qu’un intervalle de 24 mois était souhaitable et 59 % ont déclaré que 36 mois l’étaient encore davantage (189).
Comme tant de gens croient que 2 ans est l’intervalle préféré entre les naissances, il faut faire très attention si on s’écarte d’un message si bien établi. Si on commence à entendre dire qu’un espacement de 3 ans est préférable à un espacement de 2 ans, on peut se demander alors pourquoi l’intervalle préféré a « changé ». Bien entendu, les faits eux-mêmes n’ont pas changé. Les messages peuvent faire savoir qu’une attente de 2 ans entre les naissances améliore sans aucun doute la survie de l’enfant, mais qu’une attente de 3 à 5 ans est encore meilleure. Par dessus tout, les messages doivent faire comprendre que les meilleurs intervalles sont ceux que les femmes choisissent elles-mêmes, en fonction de leur situation particulière. Pour élaborer des messages, un bon point de départ consiste à trouver l’expression appropriée pour signifier l’espacement des naissances ou un allongement des intervalles entre les naissances — sans pour autant confondre l’expression avec la planification familiale en général. Dans beaucoup d’endroits où la planification familiale n’est pas encore largement acceptée, on emploie à sa place l’expression « espacement des naissances » parce qu’elle est plus facilement acceptable (194). Par exemple, en Jordanie, où nombreux sont ceux qui croient que seul Dieu fixe le nombre et la date de naissance des enfants, le programme national de planification familiale a donné à une importante initiative le nom de Projet jordanien d’espacement des naissances (12, 135, 174). D’ordinaire, les programmes dont l’appellation fait mention de « l’espacement des naissances » cherchent essentiellement à faire augmenter la pratique de la contraception, plutôt qu’allonger les intervalles entre les naissances. Certaines langues n’ont pas de vocable pour désigner l’espacement des naissances et les partisans de ce dernier devront parfois créer de nouveaux termes fondés sur des sondages et sur des essais. Au Népal, avant 1990, l’expression générique en népalais qui signifiait planification familiale, « pariwar niyogen » faisait généralement référence à la stérilisation. Les programmes de planification familiale craignaient que les villageois n’interprètent les conseils d’un agent de santé préconisant « l’emploi d’une méthode de planification familiale » comme signifiant « avoir une vasectomie ou une ligature des trompes » — conseil qui ne ne pouvait guère être attrayant pour de jeunes couples (204). Au début des années 1990, World Education, Inc./Nepal, en collaboration avec le ministère de l’Education et la Culture et avec le Program for Appropriate Technology in Health, a organisé un premier groupe d’expression pour voir comment les villageois parlaient de l’espacement des naissances. Les agriculteurs népalais ont fait observer qu’ils laissent souvent les ignames, le curcuma, le gingembre et la canne à sucre pousser pendant trois ans avant de les récolter ; une analogie avec ces cultures aurait donc sa place dans les messages encourageant des intervalles de 3 à 5 ans. Les résultats d’un concours ont proposé plusieurs expressions pour l’espacement des naissances, et des essais sur le terrain ont permis de conclure qu’une d’entre elle (« janma antar » — littéralement « écart de naissances ») était mieux comprise et plus facilement acceptée que d’autres termes par les villageois et les administrateurs de la planification familiale. Aujourd’hui, le ministère de la santé, le Projet de vente au détail de contraceptifs au Népal, et des organisations non gouvernementales emploient dans tout le pays l’expression « janma antar » durant les stages de formation et dans les documents de communication avec les clientes (168). La multiplication des recherches et utilisation de messages différents d’espacement des naissances, permettra de voir quels sont les meilleurs messages, ce qui permettra aux services de propagande de faire mieux comprendre les avantages d’intervalles plus longs. | ||||||||
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