Table des matières

        Chapitre
  1. La prochaine crise de l'eau
  2. Disponibilités en eau et emploi de l'eau
  3. Le problème des pénuries d'eau
  4. Conséquences de la surutilisation et de la pollution
  5. La dimensión santé
  6. Economies d'eau et gestion de l'eau
  7. Vers une révolution bleue

Faits saillants


Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland, 21202-4012, USA.


Volume XXVI, Numéro 1
Septembre 1998

Croissance démograpique, manque d'eau

La population mondiale, qui atteint près de 6 milliards d'habitants, augmente à raison d'environ 80 millions par an. Ce chiffre correspond à un accroissement de la demande d'eau douce de l'ordre d'environ 64 milliards de mètres cubes par an — soit un volume équivalent au débit annuel du Rhin (30). Alors que les taux de croissance démographique se sont légèrement ralentis, le nombre absolu de personnes qui viennent gonfler chaque année les effectifs de la population — c'est-à-dire le chiffre à retenir quand on parle des disponibilités en eau et du besoin d'eau — reste proche des maximums historiques. Par exemple, comme près de 2 milliards d'êtres humains ont été ajoutés à la population de la planète depuis 1970, le volume d'eau disponible par personne a diminué d'un tiers (139).

La Chine et l'Inde, qui viennent en tête des pays les plus peuplés du monde, montrent comment une croissance démographique même modeste s'exprime par des chiffres considérables quand la base de population est importante. En Chine, on a estimé en 1998 que la croissance démographique était de l'ordre d'environ 1 % par an (135). Or, comme la population chinoise dépasse 1,2 milliard d'habitants, une croissance démographique même faible signifie que la population augmente de 12 millions par an. Le taux de croissance démographique de l'Inde est nettement plus élevé que celui de la Chine et atteint environ 1,9 % par an, ce qui signifie que l'Inde voit augmenter chaque année d'environ 18 millions d'habitants une population d'environ 970 millions (180).

Dans les deux régions du monde qui ont déjà de graves pénuries absolues ou saisonnières d'eau — l'Afrique et le Proche-Orient — les taux de croissance démographique restent parmi les plus élevés du monde. En Afrique sub-saharienne, la population augmente en moyenne au rythme de 2,6 % par an ; dans le Proche-Orient et en Afrique du Nord, elle s'accroît de 2,2 % (135). Ces taux de croissance démographique sont lourds de conséquences pour l'approvisionnement de ces pays ou de ces régions en eau par personne (voir tableau 1).

Difficultés d'approvisionnement et pénuries. Au fur et à mesure que leur population augmente, les pays qui manquent d'eau sont de plus en plus nombreux (62). On dit qu'un pays a des difficultés d'approvisionnement en eau quand le volume annuel d'eau disponible tombe au-dessous de 1.700 mètres cubes par personne. A des niveaux compris entre 1.700 et 1.000 mètres cubes par personne, on peut s'attendre à des pénuries d'eau périodiques ou limitées. Quand l'eau disponible tombe au-dessous de 1.000 mètres cubes par personne, le pays a une pénurie d'eau (57, 69, 139). Quand un pays a une pénurie d'eau, il peut s'attendre à des pénuries chroniques d'eau douce qui menacent sa production alimentaire, entravent son développement économique et endommagent ses écosystèmes.

Malin Falkenmark a développé les notions de difficultés et de pénurie d'eau, en se fondant sur un indice des besoins en eau douce par personne. Elle a estimé que les ménages avaient besoin au minimum de 100 litres par jour et par personne et qu'il en fallait 5 à 20 fois plus pour l'agriculture et l'industrie (65, 69). Ces notions ont été largement acceptées et employées par les hydrologues, la Banque mondiale et d'autres organisations. Par exemple, Population Action International (PAI) s'en est servi pour établir des projections des disponibilités en eau par personne et prévoir des pénuries d'eau en 2025 et 2050 (49, 69) (voir tableau 1).

Les calculs des difficultés et des pénuries d'eau se fondent sur les estimations du volume d'eau douce renouvelable d'un pays; ils n'englobent pas l'eau retirée des nappes fossiles (voir glossaire). Les eaux souterraines fossiles sont essentiellement une ressource non renouvelable. Il faut des dizaines de milliers d'années pour que ces nappes profondes puissent se reconstituer. Un pays peut éviter temporairement des difficultés d'approvisionnement en eau en exploitant ses nappes non renouvelables, mais cette pratique ne peut pas durer, notamment si la population continue d'augmenter rapidement et si la demande d'eau douce par personne s'accroît.

En 1995, il y avait 31 pays, dont la population atteignait au total plus de 458 millions d'habitants, qui avaient des difficultés ou des pénuries d'eau (48) (voir figure 5). Ce chiffre représente seulement 3 pays de plus qu'en 1990, date à laquelle 28 pays, peuplés au total de 335 millions d'habitants, avaient des difficultés ou des pénuries chroniques d'eau (49). Or, la population qui, d'après ces estimations, vit dans des pays qui connaissent des difficultés ou des pénuries d'eau a augmenté de près de 125 millions durant ces cinq années, ce qui correspond essentiellement à la croissance démographique des pays à pénurie d'eau.


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