Table des matières

        Chapitre
  1. La prochaine crise de l'eau
  2. Disponibilités en eau et emploi de l'eau
  3. Le problème des pénuries d'eau
  4. Conséquences de la surutilisation et de la pollution
  5. La dimensión santé
  6. Economies d'eau et gestion de l'eau
  7. Vers une révolution bleue

Faits saillants


Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland, 21202-4012, USA.


Volume XXVI, Numéro 1
Septembre 1998

L'ère prochaine de difficultés et de pénuries d'eau

D'ores et déjà preuve de l'existence d'un grave problème, ces statistiques sont sur le point d'exploser. En effet, selon les projections de PAI, qui se fondent à leur tour sur des projections de population récemment révisées des Nations Unies, 2,8 milliards d'habitants vivront en 2025 dans 48 pays ayant des difficultés ou des pénuries d'eau (Voir Tableau 1 et figure 5).

Sur ces 48 pays, 40 se trouvent soit dans le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, soit en Afrique sub-saharienne. Il est prévu qu'au cours des deux prochaines décennies, le seul accroissement démographique — sans parler de la demande grandissante par personne — va mettre l'ensemble du Proche-Orient dans la catégorie des pays en difficulté. En 2050, le nombre de pays qui auront des difficultés ou des pénuries d'eau passera à 54, avec une population de 4 milliards d'habitants — soit 40 % de la population mondiale, qui devrait atteindre 9,4 milliards d'habitants (69, 181).

Le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. Les 20 pays du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord sont ceux dont les perspectives sont les pires. Le Proche-Orient est la région du monde qui manque le plus d'eau. En fait, l'ensemble du Proche-Orient «a cessé d'avoir de l'eau» en 1972, alors que la population totale de cette région couptait 122 millions d'habitants, selon Tony Allan, expert en ressources hydrauliques de l'Université de Londres (117). Depuis lors, la région retire plus d'eau de ses rivières et de ses nappes souterraines qu'elle ne leur en apporte. A l'heure actuelle, par exemple, en Jordanie et au Yémen, les retraits prélevés sur les nappes souterraines dépassent de 30 % les taux de rechargement (49, 138). Par ailleurs, en Israël, la consommation annuelle d'eau dépasse déjà de 15 % le volume renouvelable (139).

L'Arabie Saoudite est l'un des pires exemples d'un pays qui ne peut simplement pas continuer à utiliser l'eau à la même cadence. Ce pays d'une aridité extrême doit en effet extraire de l'eau fossile pour couvrir les trois-quarts de ses besoins. En Arabie Saoudite, les eaux souterraines fossiles sont épuisées à la cadence d'environ 5,2 milliards de mètres cubes par an (139).

Parmi les 14 pays du Proche-Orient, 11 connaissent déjà des pénuries d'eau (139). Dans cinq de ces pays, on prévoit que la population va doubler d'ici vingt ans. L'eau est l'une des grandes questions politiques qui se posent aux dirigeants de la région (117). Comme pratiquement tous les cours d'eau du Proche-Orient baignent plusieurs pays, les tensions que suscitent actuellement les problèmes de droits riverains pourraient conduire à de véritables conflits, provoqués par la croissance démographique et la demande grandissante d'une ressource qui se fait de plus en plus rare (139).

Quatre pays du Golfe — Bahrain, Koweit, Arabie Saoudite et Emirats Arabes Unis — disposent de si peu d'eau douce qu'ils recourent au dessalement de l'eau de mer, qui coûte fort cher. Sans le dessalement, les pays du Golfe seraient loin de pouvoir faire vivre leurs populations actuelles. A Bahrain, la population est entièrement tributaire du dessalement de l'eau de mer du Golfe. En effet, le pays est pratiquement dépourvu d'eau douce (157). Cependant, le dessalement est beaucoup trop coûteux et n'est pas une solution pratique, ni aujourd'hui ni dans l'avenir prévisible, pour la plupart des pays qui ont une pénurie d'eau, pour ne rien dire de la situation des pays enclavés.

Afrique sub-saharienne. Dans une grande partie de l'Afrique sub-saharienne, l'eau pose de graves problèmes (56,61). En Afrique, près de 200 millions de personnes vivent dans des pays qui ont des difficultés à s'approvisionner en eau. Bien que seulement 6 millions vivent dans des pays en situation de pénurie d'eau, la croissance rapide de la population empirera le problème. En 2025, 230 millions de personnes vivront dans des pays africains caractérisés par des pénuries d'eau (59, 61). Une autre tranche de 460 millions vivra en Afrique dans des pays où l'eau pose des difficultés.

Problèmes d'eau à l'intérieur d'un pays. Dans beaucoup de grands pays, comme l'Inde, la Chine et les Etats-Unis, il y a des régions qui seraient qualifiées de régions à pénurie ou à difficultés d'eau si les statistiques étaient établies sur un plan régional, et non pas national. D'ores et déjà, 19 grandes villes de l'Inde ont des pénuries chroniques d'eau (109). Prise dans son ensemble, l'Inde devrait rentrer dans la catégorie des pays à difficultés d'eau en 2025.

La Chine, qui a 22 % de la population mondiale mais seulement 7 % du ruissellement d'eau, sera très proche, en 2025, du seuil de 1.700 mètres cubes par personne qui marque la limite de la catégorie des pays à difficultés d'eau (138). On a estimé que la Chine a suffisamment d'eau douce pour faire durablement vivre 650 millions d'habitants — soit la moitié seulement de sa population actuelle de 1,2 milliard (149). Malgré les inondations périodiques qui se produisent dans le sud, le long du fleuve Yang-tze, la Chine a des pénuries chroniques d'eau douce dans sa partie nord, où elles affectent 92 millions d'habitants dans le seul bassin du Hai (15, 69). Beaucoup de villes chinoises, y compris Beijing, ont des pénuries critiques d'eau. La nappe phréatique qui se trouve sous la capitale baisse d'environ deux mètres par an, et le tiers des puits sont asséchés.

Même aux Etats-Unis, qui ont dans leur ensemble une abondance d'eau, les réserves souterraines sont en voie d'épuisement dans de nombreuses régions. L'eau souterraine est utilisée à une cadence moyenne qui dépasse de 25 % son taux de recharge (133). Dans l'ouest du pays, les nappes souterraines s'épuisent encore plus rapidement dans certaines localités. En particulier, l'énorme nappe d'Ogallala, qui sous-tend des régions de six états et irrigue 6 millions d'hectares, a été surexploitée. Dans certaines régions, la moitié de l'eau disponible a été retirée (183).


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