Table des matières

        Chapitre
  1. La prochaine crise de l'eau
  2. Disponibilités en eau et emploi de l'eau
  3. Le problème des pénuries d'eau
  4. Conséquences de la surutilisation et de la pollution
  5. La dimensión santé
  6. Economies d'eau et gestion de l'eau
  7. Vers une révolution bleue

Faits saillants


Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland, 21202-4012, USA.


Volume XXVI, Numéro 1
Septembre 1998

Le problème de la pollution

La pollution est présente partout. Peu de pays, développés ou non, ont suffisamment protégé la qualité de l'eau et maîtrisé sa pollution. Beaucoup n'ont pas de normes leur permettant de contenir la pollution dans des limites raisonnables, tandis que d'autres n'ont pas les moyens d'exiger l'application des normes de qualité de l'eau.

De plus en plus, les organismes internationaux de développement insistent auprès des pays en développement pour qu'ils veillent mieux à protéger et à améliorer la qualité de l'eau (165, 198). Le monde développé doit pour sa part augmenter son budget et multiplier ses interventions pour nettoyer les voies d'eau dégradées, sans quoi le développement économique cessera de progresser et la qualité de la vie s'en ressentira (63, 85).

L'agriculture est le principal responsable de la pollution, encore plus que les industries et les municipalités. Dans la quasi-totalité des pays où l'agriculture les emploie, les engrais et les pesticides ont contaminé les nappes d'eau souterraines et les eaux superficielles. Les déchets animaux sont une autre source de pollution persistante dans certaines régions. L'eau qui retourne dans les fleuves et les rivières après avoir servi à l'irrigation est souvent fortement dégradée par un excès de nutriments, par la salinité, des pathogènes et des sédiments qui la rendent souvent impropre à tout usage à moins qu'on ne la nettoie — d'ordinaire à très grands frais — dans des stations d'épuration (102).

Aux Etats-Unis, des produits chimiques agricoles, des sédiments libérés par l'érosion et des déchets animaux ont dégradé 280.000 kilomètres de voies d'eau. On dit que l'agriculture est responsable de 70 % de la pollution actuelle de l'eau aux USA (123). En Inde, où l'approvisionnement alimentaire est tributaire de l'agriculture irriguée, plus de 44 millions d'hectares de terres de haute qualité ont été abandonnés à cause de la salination et de l'engorgement provoqués par une surabondance d'irrigation (164).

Le monde produit un volume extraordinaire de polluants qui mettent à mal les moyens dont disposent les voies d'eau pour assimiler la pollution ou la lessiver. Les ingénieurs hydrauliciens disent que «la dilution est la solution de la pollution». Cet axiome est en train de prendre des dimensions effrayantes. Chaque année, environ 450 kilomètres cubes d'eaux usées sont déchargés dans les fleuves, les rivières et les lacs. Pour diluer et transporter ces eaux sales avant qu'on puisse les réutiliser, on a besoin de 6.000 kilomètres cubes supplémentaires d'eau pure — soit un volume égal aux deux-tiers environ de l'ensemble du ruissellement annuel d'eau douce utilisable dans le monde (221). Si les évolutions actuelles se poursuivent, on aura besoin, au milieu du prochain siècle, et d'après une estimation de l'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, de la totalité du débit stable des cours d'eau pour simplement transporter et diluer les polluants (187).

Pays industrialisés. L'Europe et l'Amérique du Nord ont d'énormes problèmes de pollution de l'eau. Plus de 90 % des cours d'eau européens ont de fortes concentrations de nitrate, qui proviennent surtout des produits chimiques utilisés en agriculture, et 5 % d'entre eux des concentrations qui représentent au moins 200 fois les niveaux de nitrate qu'on trouve normalement dans les cours d'eau non pollués (203). En Pologne, les trois-quarts des cours d'eau sont tellement pollués qu'on ne peut même pas les employer à des fins industrielles.

Plus de la moitié des lacs européens sont eutrophes à cause de leur engorgement par des éléments nutritifs agricoles et municipaux (202). Il y a eutrophisation quand un excédent d'éléments nutritifs stimule la croissance d'algues qui, lorsqu'elles meurent et pourissent, absorbent l'oxygène de l'eau. En Europe, l'eutrophisation est devenue l'un des problèmes les plus graves des environnements d'eau douce et des environnements maritimes proches (1).

La pollution des nappes souterraines est en train de s'accroître en Europe. D'ici 50 ans, il est probable que quelque 60.000 kilomètres carrés de nappes souterraines d'Europe occidentale et centrale seront contaminés par des pesticides et des engrais (125). Sur les 1.600 puits creusés en Hongrie pour capter les eaux souterraines, 600 sont déjà contaminés, surtout par des produits chimiques agricoles (83). En République tchèque, 70% de toutes les eaux superficielles sont fortement contaminées, surtout par des déchets municipaux et industriels. Quelques 30% des cours d'eau du pays sont tellement envahis de polluants qu'ils ne renferment plus aucun poisson (121). Aux Etats-Unis, 40 % de toutes les eaux superficielles sont interdites à la baignade ou à la pêche, et 48 % de tous les lacs sont eutrophes (50, 202).

Pays en développement. La pollution est un problème difficile dans les pays où la population augmente rapidement, où les demandes de développement sont considérables et où les gouvernements ont d'autres priorités d'investissement. Dans les pays en développement, 90 % à 95 % de toutes les eaux usées, et 75 % de tous les déchets industriels, en moyenne, sont déchargés dans des eaux superficielles sans avoir subi le moindre traitement (6,25). Par exemple :

  • Les 14 principaux cours d'eau de l'Inde sont tous fortement pollués. Ils amènent au total, chaque année, dans les eaux côtières du pays, 50 millions de mètres cubes d'eaux usées non traitées. La ville de New Delhi déverse chaque jour 200 millions de litres d'eaux usées non traitées et 20 millions de litres de déchets industriels dans le Yamuna qui la traverse avant d'aller se jeter dans le Gange (81).
  • En Thaïlande et en Malaisie, la pollution de l'eau est telle que les cours d'eau renferment souvent 30 à 100 fois plus de pathogènes, de métaux lourds et de poisons industriels et agricoles que ne le permettent les normes sanitaires de l'Etat (125).
  • Plus des trois-quarts des 50.000 kilomètres de grands cours d'eau de la Chine sont tellement pollués et pleins de sédiments que les poissons ne peuvent plus y vivre (1). En 1992, les industries chinoises ont déchargé dans les fleuves, les cours d'eau et les eaux côtières 36 milliards de tonnes métriques d'effluents non traités ou partiellement traités (208). En 1986, dans certains bras du fleuve Liao, qui traverse une région fortement industrialisée de la Chine du Nord, presque tous les organismes aquatiques vivant sur un parcours de 100 kilomètres ont été tués quand plus de 1 milliard de tonnes de déchets industriels ont été déversés en trois mois dans le fleuve (90).
  • Dans la zone métropolitaine de São Paulo, au Brésil, 300 tonnes métriques d'effluents non traités provenant de 1.200 établissements industriels sont déchargés chaque jour dans le Tiete, qui traverse le ville. Ce fleuve contient donc de fortes concentrations de plomb, de cadmium et d'autres métaux lourds. La ville déverse aussi quotidiennement dans le fleuve quelque 1.000 tonnes métriques d'eaux usées, dont 12 % seulement reçoivent un traitement quelconque (203).
  • La plus grande ville du Pakistan, Karachi, a un réseau d'usines d'épuration qui sont complètement dépassées. A cause de pannes fréquentes et de l'obturation des conduites, ces usines fonctionnent souvent au maximum à 15 % de leur capacité. La grande majorité des eaux usées s'épandent dans le sol avoisinant, contaminant ainsi les puits où les citadins puisent leur eau potable (151).
Polluants industriels et municipaux. L'agriculture reste la principale source de pollution de l'eau, mais le volume des déchets des industries et des municipalités a énormément augmenté durant ces dernières décennies. On estime qu'entre 200 et 400 produits chimiques contaminent les cours d'eau dans le monde (160). Souvent, on décharge directement dans les cours d'eau des polluants industriels, tels que les déchets des usines de produits chimiques. Les huiles et les sels répandus dans les rues sont entraînés par le ruissellement. Des métaux lourds et des organochlores s'échappent des décharges municipales et industrielles (41).

En outre, des polluants tels que le dioxyde de soufre et les oxydes d'azote, qui se conjuguent dans l'atmosphère pour former la pluie acide, ont exercé des effets subtils sur les écosystèmes aquatiques et terrestres. La pluie acide fait baisser le pH des fleuves et des rivières. En l'absence de l'effet tampon fourni par le calcium (que renferme le calcaire), les eaux acidifiées tuent un grand nombre de poissons sensibles aux acides, y compris les saumons et les truites. Dans le sol, les acides peuvent libérer des métaux lourds, tels que le plomb, le mercure et le cadmium, qui s'infiltrent ensuite dans les cours d'eau (88).

Les produits chimiques synthétiques comptent parmi les pires polluants. Quelque 70.000 substances chimiques différentes sont régulièrement employées dans le monde entier (147). Chaque année, on estime qu'on met en vente 1.000 nouveaux composés (207). Beaucoup d'entre eux finissent par se retrouver dans les cours d'eau, les lacs et les nappes souterraines. Aux seuls Etats-Unis, on a décelé dans l'eau potable plus de 700 produits chimiques, dont 129 jugés particulièrement toxiques (112).

Un certain nombre de produits chimiques synthétiques, notamment le groupe de polluants organiques persistants (POP), qui englobe les hydrocarbures halogénés, les dioxines et des organochlores, tels que le DDT et les PCB, ont un effet retard et sont extrêmement toxiques dans l'environnement (198). Ils ne se décomposent pas facilement sous l'effet des forces de la nature et ont donc tendance à s'accumuler dans la chaîne alimentaire biologique, au point de poser des risques pour les humains. Par exemple, les baleines bélougas du Saint Laurent, fleuve fortement pollué qui relie l'Océan Atlantique aux Grands Lacs de l'Amérique du Nord, ont des niveaux de PCB tellement élevés dans leur graisse qu'elles rentrent désormais, selon la loi canadienne, dans la catégorie de «décharges de déchets toxiques» (147). Les communautés indigènes qui chassaient jadis ces baleines n'ont plus permission de le faire à cause des risques de santé.


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