Table des matières

        Chapitre
  1. La prochaine crise de l'eau
  2. Disponibilités en eau et emploi de l'eau
  3. Le problème des pénuries d'eau
  4. Conséquences de la surutilisation et de la pollution
  5. La dimensión santé
  6. Economies d'eau et gestion de l'eau
  7. Vers une révolution bleue

Faits saillants


Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland, 21202-4012, USA.


Volume XXVI, Numéro 1
Septembre 1998

Maladies d'origine hydrique

Les maladies d'origine hydrique sont des maladies «de l'eau sale» — causées par une eau qui a été contaminée par des déchets humains, animaux ou chimiques. Dans le monde entier, le manque de stations d'épuration des eaux usées et d'eau salubre destinée à la boisson, à la cuisson des aliments et à l'hygiène est responsable de plus de 12 millions de morts par an (35, 190).

Les maladies d'origine hydrique englobent le choléra, la thyphoïde, le shigella, la polio, la méningite et l'hépatite A et B. Les êtres humains et les animaux peuvent être les hôtes des bactéries, des virus et des protozoaires qui causent ces maladies. Des millions de gens n'ont guère accès, pour leur hygiène personnelle, à une évacuation contrôlée des eaux usées ou à une eau salubre. On estime que 3 milliards d'êtres humains, par exemple, n'ont pas de toilette sanitaire. Plus de 1,2 milliard de personnes gens courent des risques parce qu'ils n'ont pas accès à de l'eau salubre (99, 176, 195, 202).

Quand il n'y a pas d'installations sanitaires appropriées, les maladies d'origine hydrique peuvent se répandre rapidement. Des excréments non traités qui contiennent des organismes vecteurs de maladies sont transportés par ruissellement ou par infiltration dans des sources d'eau douce, contaminant ainsi l'eau potable et les aliments. La présence d'organismes vecteurs de maladies dans telle ou telle source d'eau douce est fonction du volume d'excréments humains et animaux qu'elle contient (13).

Les maladies diarrhéiques, qui sont les principales maladies d'origine hydrique, sont prévalentes dans de nombreux pays où l'épuration des eaux usées est insuffisante. En pareil cas, les déchets humains sont évacués à ciel ouvert dans des latrines, des fossés, des canaux et des cours d'eau, ou sont épandus dans les champs. On estime qu'il y a chaque année 4 milliards de cas de maladies diarrhétiques qui causent entre 3 et 4 millions de morts, surtout parmi les enfants (126, 189, 195, 198).

L'emploi comme engrais d'eaux usées contaminées peut provoquer des épidémies de maladies comme le choléra. Ces maladies peuvent même devenir chroniques quand on manque d'eau salubre. Au début des années 1990, par exemple, les eaux usées non traitées qu'on employait comme engrais dans les champs de légumes ont provoqué des poussées de choléra au Chili et au Pérou (115, 174). A Buenos Aires, en Argentine, il y avait constamment dans un bidonville des poussées de choléra, d'hépatite et de méningite parce que 4 % seulement des foyers avaient l'eau courante ou de bonnes toilettes, tandis que des régimes alimentaires médiocres et le manque d'accès aux services médicaux aggravaient les problèmes de santé (3).

L'emploi comme engrais d'eaux usées contaminées peut provoquer des épidémies de maladies comme le choléra. Ces maladies peuvent même devenir chroniques quand on manque d'eau salubre. Au début des années 1990, par exemple, les eaux usées non traitées qu'on employait comme engrais dans les champs de légumes ont provoqué des poussées de choléra au Chili et au Pérou (115, 174). A Buenos Aires, en Argentine, il y avait constamment dans un bidonville des poussées de choléra, d'hépatite et de méningite parce que 4 % seulement des foyers avaient l'eau courante ou de bonnes toilettes, tandis que des régimes alimentaires médiocres et le manque d'accès aux services médicaux aggravaient les problèmes de santé (3).

Les substances toxiques qu'on retrouve dans l'eau douce sont une autre cause de maladies d'origine hydrique. De plus en plus, on trouve dans l'eau douce des produits chimiques agricoles, des engrais, des pesticides et des déchets industriels (voir Le problème de la pollution dans le chapitre 4.1). Même à faible concentration, ces produits chimiques peuvent finir par s'accumuler et causer des maladies chroniques, telles que des cancers, chez les habitants qui emploient cette eau (169).

Presque partout, les problèmes de santé causés par les nitrates contenus dans l'eau deviennent graves. Dans plus de 150 pays, les nitrates provenant des engrais se sont infiltrés dans les puits, où ils ont contaminé l'eau potable (112). Des concentrations excessives de nitrates causent des troubles du sang (13). Par ailleurs, des niveaux élevés de nitrates et de phosphates dans l'eau encouragent la croissance d'algues bleu-vert, conduisant à la désoxygénation (eutrophication). Les organismes qui jouent un rôle purificateur et décomposent les matières organiques, telles que les déchets humains qui polluent l'eau, ont besoin d'oxygène pour se métaboliser. Le volume d'oxygène contenu dans l'eau est donc le principal indicateur de la qualité de celle-ci.

Des pesticides, comme le DDT et l'heptachlore, dont on se sert en agriculture, sont souvent entraînés par l'eau d'irrigation. Leur présence dans l'eau et dans les produits alimentaires a des conséquences alarmantes pour la santé humaine parce qu'on sait qu'ils causent le cancer et peuvent aussi être à l'origine de faibles numérations de spermatozoïdes et de maladies neurologiques (13). A Dhaka, au Bangladesh, les résidus d'heptachlore contenus dans les sources d'eau ont atteint des niveaux allant jusqu'à 0,789 microgramme par litre — plus de 25 fois la dose maximum recommandée par l'OMS, soit 0,03 microgramme par litre (210). Au Vénézuela, une étude de l'eau d'irrigation collectée durant la saison des pluies a constaté qu'elle renfermait un certain nombre de pesticides. Un examen des femmes enceintes vivant dans la région a indiqué qu'elles avaient toutes du lait contenant des résidus de DDT — c'est-à-dire des toxines qui peuvent être transmises au bébé (16).

L'infiltration de polluants toxiques dans le sol et dans les réservoirs de surface qui fournissent l'eau potable et servent à des usages domestiques cause également des problèmes de santé dans les pays industrialisés. En Europe et en Russie, la pollution de l'eau compromet la santé de quelque 500 millions d'habitants. Par exemple, dans le nord de la Russie, un demi million d'habitants de la Péninsule de Kola boivent de l'eau contaminée par des métaux lourds, ce qui explique la forte mortalité infantile et les maladies diarrhéiques et intestinales endémiques qu'on signale dans cette région (46).

Prévention et solutions. L'amélioration de l'hygiène publique et l'approvisionnement en eau salubre sont les deux mesures nécessaires pour prévenir la plupart des maladies d'origine hydrique et les morts qui en résultent. En particulier, la construction de latrines sanitaires et l'épuration des eaux usées pour permettre la biodégradation des déchets humains aideront à freiner les maladies causées par la pollution. A tout le moins, les solides doivent être retirés des eaux usées de telle façon que celles-ci soient moins contaminées. Il est important d'aménager en même temps un approvisionnement en eau salubre et de construire des installations d'hygiène appropriées ; en effet, ces deux sortes de mesures se jugent pour limiter la diffusion des infections (192).

Un grand nombre d'études relient les améliorations de l'hygiène et la fourniture d'eau potable à des réductions spectaculaires de la morbidité et de la mortalité imputables à des maladies liées à l'eau (4, 7, 8, 9, 20, 51, 52, 78, 86, 100, 104, 116, 152, 171, 192, 212). En 1991, un examen séparé de plus de 100 études des effets exercés par l'eau salubre et l'hygiène sur la santé humaine a constaté que la réduction moyenne des morts imputables à des maladies liées à l'eau atteignait 69 % parmi la population qui avait accès à de l'eau salubre et à un assainissement convenable (52)(voir tableau 3).

L'approvisionnement en eau salubre et la fourniture d'installations d'assainissement réduit considérablement la mortalité enfantine. Selon un examen de 144 études datant des années 1980, la mortalité infantile et enfantine a diminué en moyenne de 55 % quand on a procuré de l'eau salubre et assuré l'assainissement (190). Dans une étude de pays où les taux de mortalité infantile avaient enregistré une baisse spectaculaire — comme au Costa Rica, où le nombre de morts est tombé de 68 pour 1.000 naissances vivantes durant les années 1970 à tout juste 20 pour 1.000 pendant les années 1980 — les chercheurs ont attribué les trois-quarts du recul de mortalité à des projets d'adduction d'eau et d'assainissement qui faisaient partie de programmes de santé des communautés rurales (211).

S'il est vrai que la construction de réseaux d'adduction d'eau et d'assainissement peut coûter cher, il est tout aussi vrai que l'absence de mesures de ce genre peut entraîner des coûts énormes. A Karachi, au Pakistan, une étude a constaté par exemple que la population pauvre qui vivait dans des quartiers dépourvus de toute installation d'assainissement ou ne recevait aucune éducation en matière d'hygiène dépensait six fois plus pour recevoir des soins médicaux que la population vivant dans des quartiers qui avaient accès à des installations d'assainissement ou possédant des rudiments d'hygiène domestique (99).


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Population Reports