Table des matières

        Chapitre
  1. La prochaine crise de l'eau
  2. Disponibilités en eau et emploi de l'eau
  3. Le problème des pénuries d'eau
  4. Conséquences de la surutilisation et de la pollution
  5. La dimensión santé
  6. Economies d'eau et gestion de l'eau
  7. Vers une révolution bleue

Faits saillants


Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland, 21202-4012, USA.


Volume XXVI, Numéro 1
Septembre 1998

Réactions internationales

Au cours des 20 dernières années, les pays ont adopté de nombreuses recommandations à l'occasion de conférences internationales consacrées à l'eau. Cependant, la plupart du temps, les milieux internationaux du développement et les gouvernements nationaux n'ont pas encore traduit ces recommandations en actes (174).

La première conférence internationale qui ait attiré l'attention sur l'imminence d'une crise de l'eau a eu lieu en 1977 : c'est la Conférence des Nations Unies sur l'eau, qui s'est tenue à Mar del Plata, en Argentine (218). Plusieurs autres conférences ont suivi, dont la Consultation mondiale sur l'eau salubre et l'assainissement pour les années 1990, tenue à New Delhi en 1990, et la Conférence internationale sur l'eau et l'environnement, tenue à Dublin en 1992.

Les Principes de Dublin relatifs à l'eau, adoptés lors de la conférence de 1992, résument comme suit les principes d'une gestion durable de l'eau :

  • Principe 1 : l'eau douce est une ressource finie et vulnérable, essentielle au maintien de la vie, au développement et à l'environnement.
  • Principe 2 : le développement et la gestion de l'eau doivent se fonder sur une formule de participation qui fait intervenir à tous les niveaux les usagers, les planificateurs et les décideurs.
  • Principe 3 : les femmes jouent un rôle fondamental dans la fourniture, la gestion et la sauvegarde de l'eau.
  • Principe 4 : dans tous ses usages, l'eau a une valeur économique et doit être reconnue comme étant un bien économique.
Plus récemment, en 1997, à l'occasion de la cinquième session de la Commission des Nations Unies sur le développement durable, on a procédé à une évaluation générale des ressources mondiales en eau douce, fondée sur une série d'analyses de base effectuées par des experts (174, 214, 215, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 222). Comme le Secrétaire général l'a déclaré en 1998 dans son rapport : «L'évaluation conclue que les pénuries d'eau et la pollution de l'eau posent de nombreux problèmes de santé publique, limitent le développement économique et agricole, et portent tort à toute une série d'écosystèmes. Ces problèmes peuvent menacer l'approvisionnement alimentaire mondial et conduire à la stagnation économique dans de nombreuses régions du monde. Il pourrait en résulter une série de crises locales et régionales de l'eau qui entraîneraient de graves problèmes mondiaux» (223).

Réalisation des investissements indispensables. Il sera difficile de mettre ces principes en pratique. La plupart des pays doivent effectuer des investissements massifs dans l'infrastructure de voirie et d'alimentation en eau. Dans le monde développé, par exemple, le Royaume-Uni doit dépenser près de EU$60 milliards pour construire, au cours de la prochaine décennie, les stations d'épuration des eaux usées qu'exigent les nouvelles normes européennes de qualité de l'eau. Ce chiffre représente environ EU$1.000 par habitant (166). La Hongrie a des problèmes analogues. Le cinquième de la population du pays n'est pas relié à un système d'égout qui fonctionne. La Hongrie devra investir environ EU$3,5 milliards pour relier d'ici vingt ans l'ensemble de sa population à des stations d'épuration des eaux usées (71).

Dans les pays en développement, l'un des problèmes les plus urgents est posé par le besoin primordial d'effectuer de gros investissements dans les installations d'assainissement et dans l'alimentation en eau salubre. La Banque mondiale a estimé que, durant la prochaine décennie, il faudra entre 600 et 800 milliards de dollars américains pour répondre à la demande locale d'eau pure destinée à l'hygiène, à l'irrigation et à la production d'electricité (164).

Sur cette énorme somme, la Banque mondiale ne sera en mesure de fournir, au maximum, que 35 à 40 milliards de dollars américains (164, 165). Le reste devra être couvert par un ensemble de financements publics et d'investissements privés. Il sera difficile, sinon impossible, à la plupart des pays en développement de financer ce reliquat. Par exemple, on estime que, dans la seule Amérique latine, les investissements dans la gestion et l'infrastructure des ressources en eau exigeront durant les deux prochaines décennies un total de EU$100 milliards (67).

Eviter les conflits internationaux. Un élément important de toute stratégie de gestion des eaux internationales consiste à aider les pays qui se partagent des bassins fluviaux à élaborer des politiques réalisables qui gèrent de façon plus équitable les ressources en eau. Un monde qui manque d'eau est, par définition, un monde instable. Près de 100 pays se partagent tout juste 13 grands fleuves et lacs. Plus de 200 systèmes fluviaux traversent des frontières internationales (137). Des conflits peuvent se produire, notamment là où les pays dont la population augmente rapidement et dont les surfaces arables sont limitées se disputent l'accès à des ressources hydrauliques partagées (222) (voir encadré Des querres à propos de l'eau ?).

L'exemple de l'Inde et du Bangladesh montre comment il est possible de gérer des bassins fluviaux internationaux pour répondre à la demande dans un contexte de manque d'eau (137). Le fleuve le plus grand et le plus important du sous-continent, le Gange, prend sa source au Népal et parcourt 2.300 kilomètres à travers trois états indiens à forte densité de population — l'Uttar Pradesh, le Bihar et le Bengale occidental — avant d'entrer dans le Bangladesh pour se jeter dans la Baie du Bengale. Le fleuve affecte l'existence d'un demi milliard d'habitants, dont beaucoup en dépendent pour une agriculture de subsistance et la pêche. Après un demi-siècle d'amères rivalités à propos de l'accès aux eaux du Gange, l'Inde et le Bangladesh ont signé en décembre 1996 un nouvel accord de 30 ans définissant les modalités de partage des eaux. Les deux pays ont proclamé qu'il marquait le début d'une ère nouvelle de gestion de l'eau (19).

S'il est appliqué à la lettre, l'accord assurera au Bangladesh un volume minimum d'eau pendant la saison sèche, et notamment durant les trois mois les plus secs, soit mars, avril et mai. Le nouveau traité définit des périodes de 10 jours pendant lesquelles l'Inde et le Bangladesh auront à tour de rôle accès à un volume convenu à l'avance d'eau qui arrive au Farakka, énorme barrage construit par l'Inde en 1974 pour essayer de se réserver, pour son propre usage, autant d'eau que possible avant que le Gange ne pénètre dans le Bangladesh. Afin d'assurer l'exécution du nouvel accord, une équipe d'inspecteurs des deux pays surveillera le débit au barrage de Farakka durant les mois secs (19).

Les critiques affirment que, pour que l'accord fonctionne à long terme, l'Inde doit commencer à mieux gérer qu'elle ne le fait actuellement le bassin versant du Gange (37, 163). Le déboisement du Népal et du nord de l'Inde a fait considérablement augmenter le volume de sédiments qui se détachent des hauteurs pour tomber dans le fleuve durant la mousson, envasent les voies d'eau et multiplient l'incidence d'inondations dévastatrices. A moins qu'on puisse trouve des moyens de capter un ruissellement plus stable durant la saison humide pour s'en servir pendant la saison sèche, les agriculteurs indiens pourraient être temptés d'accaparer au maximum l'eau du fleuve pendant les mois les plus secs, compromettant ainsi la réussite de l'accord.

Malgré ces réserves, le fait que deux pays voisins aient réussi à négocier et à conclure un accord général portant sur un sujet aussi épineux est un signe positif. Il permet au Bangladesh d'obtenir en aval une proportion plus équitable des eaux du Gange et d'encourager en amont, en Inde, de meilleures pratiques de gestion des eaux (137).


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