Table des matières

        Chapitre
  1. La prochaine crise de l'eau
  2. Disponibilités en eau et emploi de l'eau
  3. Le problème des pénuries d'eau
  4. Conséquences de la surutilisation et de la pollution
  5. La dimensión santé
  6. Economies d'eau et gestion de l'eau
  7. Vers une révolution bleue

Faits saillants


Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland, 21202-4012, USA.


Volume XXVI, Numéro 1
Septembre 1998

Réactions nationales

Dans les pays qui manquent d'eau, les gouvernements doivent donner à sa gestion la priorité la plus élevée. Si on veut obtenir un développement durable, il est essentiel d'élaborer et d'exécuter une stratégie nationale des eaux. Cette stratégie doit comporter quatre éléments :

  • Adoption d'une formule de gestion de bassin versant ou de bassin fluvial, notamment dans les régions qui manquent d'eau (cette formule convient aussi sur le plan international, puisque les bassins versants recoupent souvent des frontières nationales) ;
  • Mise en place d'une infrastructure hydraulique réalisable de manière à pouvoir satisfaire les besoins nationaux, régionaux et locaux en eau dans le contexte d'une politique nationale de l'eau ;
  • Adoption et application de lois et réglements qui économisent l'eau et lui donnent un prix approprié en fonction du type d'utilisation ; et
  • Etablissement d'un lien entre la gestion de l'eau et les besoins de l'agriculture, de l'industrie et des municipalités pour assurer un bon assainissement et empêcher la propagation de maladies.
1. Un contexte de gestion des bassins versants. La gestion d'un bassin versant s'entend de la gestion de l'ensemble de la superficie alimentée par tous les cours d'eaux et nappes souterraines qui se déversent dans un même lieu (par exemple une baie à demi-fermée). La gestion d'un bassin fluvial répond essentiellement au même principe, mais appliqué au système d'un cours d'eau ; cependant, les deux expressions sont interchangeables.

Les Etats-Unis définissent un bassin versant comme étant l'ensemble de la superficie drainée par un système fluvial ou l'un de ses principaux affluents. Le Royaume-Uni définit un bassin versant par la ligne de démarcation entre des bassins fluviaux ; un bassin versant peut donc occuper une superficie beaucoup plus étendue. Quelle que soit la définition, «il nous faut reconnaître», selon Janet Abramovitz, du Worldwatch Institute, «qu'un fleuve ou un lac, ainsi que l'ensemble de son bassin versant, avec tous ses éléments physiques, chimiques et biologiques, font partie d'un système intégré complexe» (1).

Tout le monde a une adresse dans un bassin versant : nous vivons tous dans des bassins qui drainent l'eau de pluie dans des cours d'eau et des fleuves, lesquels finissent par renvoyer l'eau dans la mer ou dans des lacs intérieurs. Les gens qui vivent à la plupart de ces adresses ont radicalement modifié les systèmes de drainage qui les entourent. L'altération des bassins versants s'est révélée ruineuse pour beaucoup de pays en développement, dont les flancs de collines dénudés de végétation déchargent chaque année des tonnes de sol dans les cours d'eau, provoquant des inondations à l'époque des pluies et suffoquant la vie aquatique pendant les saisons sèches.

Le déboisement a ruiné les terres et modifié le climat, entraînant une réduction de la pluviométrie dans certaines régions. Dans d'autres, l'eau de pluie ruisselle si vite qu'il n'est guère possible de la recueillir pour s'en servir plus tard. En Afrique sub-saharienne, par exemple, l'effet d'albédo — le dessèchement du paysage à la suite de l'abattage massif des forêts tropicales et l'emploi de mauvais systèmes d'exploitation agricole — a entraîné des précipitations qui, par rapport à l'ensemble du siècle, sont inférieures à la moyenne depuis plus de 40 ans (2).

La gestion des bassins versants ou des bassins fluviaux se solde par de multiples bénéfices. La maintenance de l'écosystème a une grande valeur économique. Par exemple, on a calculé qu'une plaine à inondation intacte — avec ses pêcheries, sa faune, ses lieux de loisirs et les effets de maîtrise naturelle des inondations — vaut près de EU$4.900 l'hectare (1). Une autre estimation place la valeur d'un hectare de terres humides à EU$15.000 (92).

En théorie, un plan d'ensemble de gestion d'un bassin versant mobilise les collectivités et les individus et reçoit sur le plan national une large acceptation du public (79, 102). Or, la gestion d'un bassin versant n'est pas chose facile. C'est une entreprise complexe, hérissée de difficultés, qui fait intervenir un grand nombre de parties prenantes qui ont des avis différents au sujet de l'utilisation de l'eau. Peu de pays ont été en mesure de mettre en oeuvre des stratégies réalisables de gestion de bassins versants (27). En fait, c'est dans la Baie du Chesapeake, le plus grand estuaire d'eau saumâtre d'Amérique du Nord, qu'on réalise l'un des rares plans généraux de gestion de bassin versant qui existe dans le monde (voir encadré, La restauration de la baie du Chesapeake) (90).

Un certain nombre d'autres pays ont aussi mis en place des plans de gestion de bassins fluviaux, ou sont en train de le faire (67). La Commission du bassin fluvial du Murray-Darling, en Australie, par exemple, est une organisation intergouvernementale qui a pour but principal de coordonner la gestion des ressources en eau dans les états qui se trouvent dans ce bassin, qui est le plus grand du pays (79). La Commission dispose de vastes compétences techniques qui portent sur la gestion et l'écologie, les répercussions sur l'environnement, le financement et l'administration, ainsi que les communications. Toutes les activités de développement qui se situent dans le bassin fluvial relèvent de la commission et tous les services publics qui sont concernés par la gestion de l'eau et son utilisation ont l'obligation d'apporter leur collaboration (79).

En Inde, à la suite de l'adoption, en 1987 de la Loi sur la politique nationale en matière d'eau, les états du Rajasthan et du Gujarat mettent en place un comité chargé de réglementer et de surveiller l'utilisation de l'eau du bassin du Sabarmati, dans lequel se trouvent un certain nombre de régions de ces deux états (128). Le Bassin du Samarbati ne produit en moyenne qu'un maximum de 360 mètres cubes par personne et par an, ce qui en fait l'une des régions les plus privées d'eau du pays (128). Non seulement l'eau est une ressources extrêmement rare, mais elle est de plus en plus polluée par l'irrigation de l'agriculture.

Pour régler ces problèmes, le comité va réglementer l'utilisation de l'eau dans l'ensemble du bassin fluvial, grâce à une structure où sont représentés les principaux groupes d'utilisateurs. Le comité espère recevoir un large appui populaire et institutionnel et mettre en place une structure capable d'assurer que les responsables de la pollution reçoivent des amendes et que les principaux usagers paient l'eau à un prix équitable. Si le système marche bien, il pourrait être repris dans d'autres regions de l'Inde à forte densité de population où le manque d'eau pose problème (128).

Selon Mountain Agenda, organisation non gouvernementale qui s'occupe de développement durable des zones montagneuses, on peut mieux protéger et gérer l'eau à la source si celle-ci se situe dans des régions montagneuses. D'après cette organisation, la proportion d'eau provenant de montagnes peut atteindre jusqu'à 60 % du total de l'eau disponible dans les bassins versants dans les zones humides, et 95 % dans les zones arides (146).

2. Constitution d'une capacité institutionnelle. Pour gérer de façon durable les bassins versants et les bassins fluviaux, il faut renforcer la capacité institutionnelle, y compris créer des systèmes de collecte et de suivi de données intersectorielles (27, 47). Le renforcement des capacités est un des principaux thèmes des organisations internationales qui encouragent le changement, dont la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le développement international (PNUD) et le Partenariat mondial de l'eau (130). Pour renforcer la capacité, il faut prendre les mesures suivantes :

  • Evaluer les besoins nationaux de renforcement de la capacité. Il est essentiel, à titre de première étape dans le sens d'une amélioration, que les gouvernements sachent quelles sont les capacités de leurs organismes du secteur eau.
  • Créer des structures administratives et juridiques compétentes. Il faut renforcer, avant de pouvoir faire des progrès en matière de gestion de l'eau, la compétence technique et administrative des organismes nationaux, régionaux et locaux qui sont responsables de la gestion de l'eau.
  • Rendre les institutions mieux sensibilisées et plus efficaces. Les organismes de gestion de l'eau, aussi bien publics que privés, doivent aussi être en mesure de réagir à l'évolution des situations (politiques et sociales, et aussi en matière d'environnement). Il faut réaménager les organisations statiques et modifier les méthodes dépassées, notamment quand les pays passent dans les catégories de pays à difficultés ou à manque d'eau.
  • Former les cadres supérieurs chargés de la gestion de l'eau. Peu d'hydrauliciens ont reçu une formation qui leur enseigne comment envisager les ressources en eau dans un large contexte. On a de plus en plus besoin de se placer dans une optique orientée vers la demande, et de pratiquer en ingénierie une gestion de l'eau qui tienne compte des besoins et de la façon de les satisfaire.
  • Etablir des liens étroits avec les universités et les établissements de recherche. Comme les problèmes de l'eau font intervenir aussi bien des questions de société que des valeurs culturelles, les organismes de gestion doivent rechercher la collaboration de services qui se situent en dehors des circuits ordinaires de l'Etat et faire appel à une large gamme d'opinions et de conseils techniques pour évaluer les problèmes de l'eau et y trouver des solutions.
3. Etablissement de la valeur des ressources en eau douce. Il faut établir pour l'eau douce une valeur qui exprime son manque d'abondance, au lieu d'en faire une ressource gratuite ou presque gratuite. Comme le fait ressortir l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de bonnes politiques de prix peuvent encourager un comportement responsable sur le plan de l'environnement en ce qui concerne l'utilisation de l'eau tout en assurant un approvisionnement satisfaisant. Pour atteindre ce but, l'eau doit se vendre à un prix qui corresponde à ses diverses utilisations. La mise en place de marchés et de mécanismes de prix de l'eau peut avoir un effet immédiat sur l'emploi de l'eau (127).

Plusieurs bons exemples montrent comment on peut fixer pour l'eau un meilleur prix qu'on ne le fait actuellement. Le Chili a ouvert un marché de l'eau vers le milieu des années 1980, ce qui lui a permis non seulement d'économiser de l'eau mais aussi de donner aux agriculteurs la possibilité de répondre à leurs besoins en échangeant de l'eau avec leurs voisins. Une étude du système du marché de l'eau effectuée par la Banque mondiale a conclu qu'il contribuait considérablement à l'amélioration de la gestion et à l'établissement de prix plus équitables (164).

De même, dans le sud de la Californie, aux Etats-Unis, où le manque chronique d'eau est le plus prononcé dans un état habitué aux pénuries, le Service des eaux du Comté de San Diego a conclu un accord avec les agriculteurs de la Vallée impériale, à l'est de la ville de San Diego. Cet accord encourage les agriculteurs à économiser jusqu'à 250.000.000 mètres cubes d'eau par an pour la vendre ensuite au comté, qui finance les mesures d'économie et dédommage les agriculteurs en leur versant des primes de participation. Le Comté de San Diego tirerait profit de la garantie d'une eau meilleur marché, tandis que les agriculteurs seraient en fait payés pour économiser de l'eau. Cette formule de gestion de l'eau pourrait faire changer la dynamique de l'emploi de l'eau dans toute la Californie (42, 148).

Dans l'état de São Paulo, l'état le plus peuplé du Brésil où les ressources en eau sont d'ores et déjà utilisées à la limite, l'accroissement des demandes des municipalités, des industries et de l'agriculture menace de paralyser les moyens dont dispose l'administration pour gérer ses maigres ressources. En 1997, la législature de l'état a été saisie d'un projet de loi sur le prix de l'eau qui pourrait servir de base à une formule entièrement nouvelle de gestion. Selon cette proposition, le prix de l'eau serait établi en fonction de son origine, du type d'emploi (municipal, industriel ou agricole) et des disponibilités. Les redevances perçues au titre de cette politique seraient ré-investies dans l'infrastructure de gestion de l'eau (76).

4. Gestion de l'eau pour satisfaire les besoins sectoriels. Pour pouvoir fonctionner, un système de gestion de l'eau exige des moyens institutionnels permettant d'équilibrer les besoins sectoriels en fonction du bien qu'en retire l'ensemble de la société et aussi en tenant compte des besoins de l'écosystème (67). Les problèmes nationaux d'eau sont souvent imputables aux attributions d'eau, plutôt qu'à une pénurie absolue. En l'absence de politiques qui relient l'approvisionnement en eau douce aux utilisations concurrentes qu'en font les divers secteurs, il se produit souvent des pénuries locales et régionales, et la concurrence devient de plus en plus dure (198).

Dans les pays en développement, il est difficile de répondre aux demandes sectorielles parce que la plupart d'entre eux n'ont pas de systèmes de gestion de l'eau ou des politiques de prix équitables qui se fondent sur le volume d'eau utilisé. Par exemple, bien que la Chine ait adopté en 1988 une loi nationale de l'eau, il n'y a guère de coordination, à propos de l'emploi de l'eau par les divers secteurs, entre le Ministère des ressources hydrauliques, les commissions des bassins fluviaux et les diverses administrations provinciales et locales (79).


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