Encadres

Mesure de l'impact de la population
Les villes en première ligne
Réchauffement mondial : signes inquiétants
Au moins cinq extinctions
Un programme de changement

Mesure de l'impact de la population

Il n’est pas facile de mesurer l’impact général des activités humaines sur l’environnement. Néanmoins, il existe plusieurs méthodes permettant de le faire :

Comptabilité des ressources de l’environnement

La comptabilité des ressources de l’environnement essaie d’attribuer une valeur économique aux « biens et services environnementaux » qui sont utilisés — il s’agit des ressources naturelles qui ont toujours été considérées comme gratuites et sont utilisées en commun : eau douce non polluée, air pur, vie océanique, forêts et zones humides. Une étude récente de Robert Costanza, de l’Université du Maryland, a estimé la valeur des services et des produits des écosystèmes à un total de 33 billions de dollars par an — somme qui dépasse la valeur d’ensemble de l’économie mondiale, mesurée selon les méthodes classiques (29 billions de dollars en 1998) (41, 163).

Selon certains économistes, la valeur des biens et services environnementaux devrait être incluse dans les estimations du produit intérieur brut (PIB), au même titre que les biens manufacturés. A l’encontre du capital manufacturé, dont la valeur se déprécie dans le temps, le capital de l’environnement (tel que les forêts, les pêcheries et l’air et l’eau non pollués) n’est pas considéré comme susceptible de dépréciation et n’est pas imputé aux revenus courants au fur et à mesure de son utilisation. « Un pays pourrait épuiser ses ressources minérales, abattre ses forêts, éroder ses sols, polluer ses nappes aquifères, tuer ses animaux sauvages et pêcher tous ses poissons jusqu’à l’extinction sans que ses revenus mesurés changent au fur et à mesure que disparaitraient ses ressources naturelles », déclare Robert Repetto, du World Resources Institute (98, 192).

Si la valeur attribuée aux ressources naturelles était calculée comme on calcule la valeur des avoirs manufacturés, on pourrait ainsi aider les économies à employer leurs ressources de manière plus efficace et à les conserver afin d’assurer leur utilisation continue à l’avenir. Ces évaluations pourraient aussi aider à indiquer les bénéfices économiques à retirer de la protection de l’environnement, au même titre que les bénéfices écologiques. En d’autres termes, au lieu de continuer à puiser dans le « capital de l’environnement » jusqu’à ce qu’il ait disparu, les économies pourraient commencer à vivre de l’intérêt qu’il rapporte, en conservant ce capital intact de façon à pouvoir s’en servir indéfiniment à l’avenir (90).

I = P x A x T

L’équation I = PxAxT est une autre façon de décrire l’impact général que l’humanité exerce sur l’environnement. Dans cette équation :

  • I représente l’impact sur l’environnement,
  • P représente la population (y compris dimension, croissance et répartition),
  • A est le niveau de richesse (consommation par personne), et
  • T est le niveau de technologie.

Cette équation est utile, malgré ses limitations, par exemple, on ne peut ni attribuer des valeurs réelles à chaque élément, ni décrire les changements des facteurs dans le temps. En particulier, elle montre clairement que les pays en développement qui ont une population nombreuse à croissance rapide exercent des répercussions sur l’environnement bien que leurs niveaux de richesse puissent être faibles, tandis que les pays développés où la croissance démographique est modeste, sinon nulle, exercent une influence importante sur l’environnement parce que leur consommation par personne est élevée (54, 55, 92, 212).

L’équation montre bien que le ralentissement de la croissance démographique est un élément clé de toute stratégie visant à atténuer l’influence de l’humanité sur l’environnement. Par exemple, même si la consommation de ressources par personne (A) diminuait ou si les technologies (T) s’amélioraient suffisamment pour réduire de 10 % l’impact de l’humanité sur l’environnement (I), ce gain serait réduit à néant en moins de dix ans parce que la population mondiale (P) augmente à raison de plus de 1 % par an (92, 240). Comme on pense que la consommation de ressources par personne va augmenter au fur et à mesure que s’améliorent les niveaux de vie, la protection de l’environnement exige donc des technologies de production plus efficaces, une réduction des déchets et, en fin de compte, une population mondiale plus stable (245, 247).

Empreintes écologiques des nations

En 1997, dans le cadre d’une étude de cinq ans portant sur la situation de l’environnement après le Sommet de la terre de Rio, le Earth Council du Costa Rica a commandé une importante étude des « Empreintes écologiques des nations » ; cette étude a été effectuée sous la direction de Mathis Wackernagel, de l’Université Anahuac de Xalapa, au Mexique.

L’étude de Wackernagel a calculé, pour chaque pays, la superficie biologiquement productive dont on aurait besoin pour fournir les ressources consommées par la population et en absorber les déchets, compte tenu des niveaux de technologie existants. Comme l’a expliqué Wackernagel : « Nous exerçons tous un impact sur la terre, parce qu’on consomme les produits et les services de la nature. L’impact écologique correspond à la superficie de la nature qu’on occupe pour continuer à vivre. En d’autres termes, on calcule les « empreintes écologiques » de ces pays » (249).

Wackernagel et son groupe ont calculé les empreintes écologiques de 52 pays où vit 80 % de la population mondiale et qui fournissent 95 % du produit intérieur mondial. Les chercheurs ont conclu que l’utilisation de la productivité biologique de la terre par la population mondiale dépasse d’un tiers environ ses possibilités de régénération (249).

Capacité de charge

On entend par « capacité de charge » le nombre de personnes que la terre peut faire vivre. En toute logique, la croissance démographique doit s’arrêter à un certain point, sans quoi la terre deviendrait surpeuplée et ses ressources finiraient par s’épuiser. Mais quelle est alors cette population mondiale maximale ?

La question se pose depuis 1798, quand l’economiste anglais Thomas Malthus a prédit que la croissance démographique dépasserait inévitablement, à un certain point, les approvisionnements en denrées alimentaires et en eau. Depuis lors, les estimations de la capacité de charge ont énormément varié, en fonction des hypothèses émises concernant la technologie, le niveau de consommation et d’autres facteurs qu’il n’est pas facile de prédire (38). Certains ont avancé qu’on a peut-être déjà dépassé la capacité de charge de la terre du fait que la planète ne pourrait faire vivre que 2 milliards d’êtres humains si le monde entier avait une consommation égale à celle des habitants de l’Amérique et de l’Europe occidentale (42).

Personne ne sait combien d’habitants la terre pourrait faire vivre, mais personne ne veut l’apprendre par expérience, en atteignant cette limite théorique. Il est moins important, semble-t-il, de calculer le nombre maximum d’êtres qui pourraient vivre sur la terre que d’établir comment on peut utiliser les ressources avec sagesse et les gérer de façon durable afin d’améliorer les niveaux de vie sans finir par détruire l’environnement naturel qui sup-porte la vie même.


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Les villes en première ligne

L’essor rapide des villes du monde en développement les met en première ligne de la lutte entreprise pour améliorer les niveaux de vie et protéger l’environnement. Depuis 1950, la population urbaine a plus que triplé, passant d’à peine un peu plus de 750 millions d’habitants à environ 3 milliards (171). D’ici 2030, les villes compteront quelque 5 milliards d’habitants (239, 243). Dans le monde en développement, on prévoit que la population urbaine va doubler, passant de 1,9 milliards d’habitants en l’an 2000 à un peu moins de 4 milliards en 2030 (165, 239).

Dans le monde entier, les trois-quarts environ de la croissance démographique actuelle se situent dans des villes (222, 239). On estime que les villes accueillent 55 millions de nouveaux habitants par an — plus d’un million de nouveaux citadins par semaine — à la suite de migrations intérieures et de l’accroissement naturel de la population. Dans les pays en développement, un grand nombre de villes s’accroissent deux à trois fois plus vite que l’ensemble du pays (58, 84). Au fur et à mesure que les villes s’étendent, leur influence sur l’environnement augmente de façon exponentielle (249).

L’essor des mégavilles

L’ONU a inventé le terme « mégaville » durant les années 1970 pour décrire les villes qui comptent au moins 10 millions d’habitants. En 1975, le monde n’avait que cinq mégavilles. A l’heure actuelle, il en a 19, dont 15 dans des pays en développement. D’ici 2015, le nombre de mégavilles passera à 23 (239) (voir Tableau 4). Comme le dit le démographe Martin Brockerhoff : « Les mégavilles ont polarisé l’intérêt du public parce que des villes aussi grandes sont sans antécédent historique et parce que des concentrations humaines aussi denses conduiront, pense-t-on, à une dégradation du bien-être humain » (273).

Des millions de gens quittent les campagnes pour les villes à la recherche d’une vie meilleure, pour s’apercevoir souvent que leur existence devient au contraire plus difficile. Dans beaucoup de villes, 25 % à 30 % de la population vit dans de misérables bidonvilles ou colonies de squatters, quand elle ne vit pas simplement dans la rue (85, 222). Sur 10,6 millions d’habitants que compte Rio de Janeiro, par exemple, 4 millions vivent dans des colonies de squatters et des bidonvilles, dont certains sont perchées dangereusement sur le flanc de collines abruptes (215). Néanmoins, les villes des pays en développement continuent d’attirer de plus en plus de monde.

Ces villes n’occupent que 2 % de la surface de la planète, mais leur population exerce une influence disproportionnée sur l’environnement. Par exemple, Londres exige une superficie égale à peu près 60 fois la sienne pour fournir à ses 9 millions d’habitants les produits alimentaires et forestiers dont ils ont besoin (171). Comme le commerce et les affaires connaissent depuis quelques années un essor spectaculaire, les citadins consomment des ressources qui proviennent non pas simplement des régions avoisinantes, mais, de plus en plus, du monde entier (171, 191). Les zones urbaines exportent par ailleurs leurs déchets et leurs polluants, ce qui compromet la situation de l’environnement et de la santé loin des villes proprement dites.

Que peut-on faire ?

A long terme, un ralentissement de la croissance démographique aiderait à atténuer les pressions qui s’exercent sur les villes et gagnerait du temps pour perfectionner la technologie. Les municipalités peuvent aussi prendre dès maintenant un certain nombre de mesures — en construisant de meilleurs systèmes de transport, et en encourageant le recyclage et la conservation de l’eau.

Transports en commun. L’un des meilleurs investissements — environnementaux et économiques — que puissent faire les villes serait de mettre en place un système efficace de transports en commun. Dans de nombreuses villes, la population gaspille un temps considérable, sans parler de l’essence — pour se rendre nulle part parce que les encombrements de circulation sont devenus la norme. Dans beaucoup de zones urbaines, les gaz d’échappement sont la cause de 50 % à 70 % des émissions de polluants. On économiserait de l’énergie et on réduirait la pollution si on pouvait offrir des formules de transport qui réduiraient le nombre de véhicules à moteur. Certaines villes — Amsterdam et Copenhague, par exemple — ont aidé à surmonter la crise des transports en aménageant de voies spéciales réservées aux bicyclettes, dont elles encouragent l’usage.

Recyclage. Le recyclage de véritables montagnes de déchets urbains pour les transformer en nouveaux produits est logique du double point de vue de l’environnement et de l’économie. En effet, le recyclage permet d’économiser des ressources naturelles et de réduire le volume de déchets déposés dans des décharges ou déversés dans les cours d’eau, les lacs et l’océan. En outre, on créerait, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, environ 1.600 emplois pour recycler chaque million de tonnes de déchets solides (271).

Conservation de l’eau. L’urbanisation fait augmenter de façon spectaculaire la consommation d’eau douce par personne, au fur et à mesure que des millions de ménages ont accès à l’eau courante, que les industries s’intensifient et qu’une grande agriculture irriguée remplace l’agriculture de subsistance. Partout dans le monde, les villes ont besoin d’adopter des mesures de conservation de l’eau.


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Réchauffement mondial : signes inquiétants

Les scientifiques s’accordent de plus en plus à dire que l’atmo-sphère de la terre se réchauffe. Un réchauffement à long terme du climat mondial pourrait provoquer dans le monde entier une élévation du niveau des mers et entraîner de surcroît un certain nombre de conséquences néfastes (62). L’emploi de combustibles fossiles comme source d’énergie, la destruction générale des forêts et leurs incendies sont les éléments auxquels incombe la responsabilité principale des émissions de carbone — ce qu’on a appelé les gaz à effet de serre — qui sont à la base du réchauffement de la planète (20, 69, 110, 140, 167, 213, 264).

Le fait que, au cours des 40 dernières années, la surface de l’océan (les 300 premiers mètres) s’est réchauffée en moyenne d’un demi degré centigrade est une indication du phénomène mondial (168, 209). L’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (NOAA) des Etats-Unis a indiqué que les eaux tropicales de l’Hémisphère Nord s’étaient réchauffées encore plus vite — en fait, 10 fois plus vite que le taux mesuré dans le monde entier — parce que les océans tropicaux conservent plus facilement la chaleur que d’autres régions (168).

Elévation du niveau de la mer

Selon certaines études, la température de la surface de la terre pourrait augmenter d’ici à 2100 de 1 à 3,5 degrés centigrades (110). Si la projection la plus élevée se concrétise, il est probable que la couche de glace du Groenland se dissoudra. Dans ces conditions, le niveau de la mer accuserait, dans le monde, une élévation qui pourrait aller jusqu’à sept mètres (176).

Des modèles informatiques prévoient que cette élévation du niveau de la mer prendra plus de mille ans. Cependant, certains climatologues pensent que les niveaux de la mer pourraient augmenter beaucoup plus rapidement : ils mentionnent à ce propos le retrécissement spectaculaire de la calotte glaciaire arctique durant les 30 dernières années (138).

Même une élévation d’un mètre du niveau de la mer — qui aurait lieu en 2080, selon les modèles informatiques — inonderait immédiatement un grand nombre de basses zones côtières du monde entier. Par exemple, une grande partie du delta du Nil, en Egypte, disparaîtrait sous les eaux. Une élévation d’un mètre du niveau de la mer dans le monde inonderait immédiatement 20 % du littoral du Bangladesh et déplacerait des millions de gens (111, 130).

Conséquences nuisibles pour la santé

L’élévation des températures dans le monde entraînerait aussi des conséquences nuisibles pour la santé. On verrait probablement une augmentation de l’incidence de maladies d’origine hydrique et la réapparition et la diffusion de maladies contagieuses transmises par des moustiques et d’autres vecteurs à la suite de la hausse des températures et de la multiplication des épisodes de sécheresse et d’inondations (62).

L’accroissement des températures mondiales amplifierait aussi les effets des activités humaines sur l’environnement, dont une aggravation de la pollution et des destructions d’habitats. Les changements climatiques pourraient même amener certains écosystèmes à dépasser leurs seuils critiques, déclenchant ainsi un mouvement irréversible de déclin (166).

Consensus scientifique grandissant

En 1988, on a créé, sous les auspices de l’Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations Unies pour l’environnement, le Groupe intergouvernemental sur les changements climatiques chargé d’aider à étudier les problèmes et à attirer sur eux l’attention. Ce Groupe, qui a bénéficié de la participation de 2.000 scientifiques du monde entier, a publié en 1996 un rapport qui, dans sa conclusion, affirme que les changements climatiques mondiaux relèvent du domaine de la réalité et ne représentent plus une simple possibilité (110).

Après avoir examiné les éléments disponibles, le Groupe a conclu que :

  • Les preuves d’un lien entre le changement climatique et les activités humaines sont concluantes. D’ores et déjà, les accroissements de gaz carbonique et d’autres gas qui modifient le climat ont détruit l’équilibre de la terre et de son atmosphère.
  • La surface de la terre s’est réchauffée, le nombre et la gravité des tempêtes ont augmenté, et le niveau mondial des mers s’est élevé de 10 à 25 cm durant le siècle dernier.

Le Groupe a conclu que, comme le réchauffement est un problème mondial, les solutions doivent elles aussi avoir un caractère mondial (110).

Pourquoi le climat change-t-il ?

Au cours des 150 dernières années, l’emploi de combustibles fossiles a libéré quelque 270 milliards de tonnes de carbone dans l’atmosphère sous forme de gaz carbonique, qui conservent la chaleur (210). Depuis 1950, les émissions mondiales annuelles de carbone ont quadruplé, atteignant 6,3 milliards de tonnes en 1997 (69). D’autres émissions qui contribuent au changement climatique sont le méthane (provenant surtout du bétail domestique et de l’agriculture), l’oxyde nitreux et les chlorofluorocarbones (262).

Les concentrations atmosphériques de gaz carbonique ont atteint 363 parties par million en 1998 ; l’examen de carottes glacières de l’Antarctique et de l’Arctique a révélé que c’est le niveau le plus élevé depuis les activités volcaniques massives d’il y a 160.000 ans. Si les tendances actuelles persistent, les concentrations atmosphériques de gaz carbonique doubleront durant notre siècle (69).

Les trois-quarts environ de l’énorme augmentation des émissions de carbone enregistrée durant le dernier demi-siècle sont imputables à la hausse de la consommation d’énergie par personne, dont le quart environ est le fait de la croissance démographique (21). Les pays industrialisés de l’Occident produisent près de la moitié des émissions atmosphériques de carbone, mais les pays en développement en produisent une part grandissante qui correspond à leurs activités industrielles et à l’augmentation de leur population. La Chine est désormais, après les Etats-Unis, le plus gros émetteur de carbone (69, 71).

Disparition des pièges à carbone

Les forêts de la terre sont des pièges à carbone qui absorbent actuellement, selon les estimations, le tiers du gaz carbonique libéré dans l’atmosphère (voir chapitre 6). Quand les forêts brûlent, soit naturellement soit parce qu’on défriche le terrain, non seulement elles libèrent du carbone dans l’atmosphère, mais elle font aussi diminuer la couverture forestière qui absorbe le carbone.

Certains scientifiques s’inquiètent du fait que les sécheresses causées par le réchauffement mondial vont faire augmenter les incendies de forêts, contribuant ainsi à de nouvelles émissions de carbone dans l’atmosphère. Par exemple, les six mois de vastes incendies de forêts qui ont eu lieu en Asie en 1997 et 1998 ont libéré dans l’atmosphère plus de carbone que l’Europe occidentale ne le fait en un an (21). La destruction par le feu des arbres abattus pour défricher des terrains sous les tropiques libère chaque année dans l’atmosphère environ 1 milliard de tonnes de carbone (71).

Au fur et à mesure que le carbone envahit l’atmosphère, les scientifiques craignent que les forêts ne deviennent saturées et ne puissent plus jouer leur rôle de pièges à carbone, mais se mettent au contraire à émettre elles-même du carbone. Comme l’a dit Will Steffen, de l’Académie royale de Suède : « Les forêts sont des réservoirs temporaires qui peuvent permettre de gagner du temps pour réduire les émissions industrielles, sans pour autant compenser ces émissions de façon permanente » (177).

En outre, des modèles élaborés au Royaume Uni par le Hadley Center for Climate Prediction and Research projettent que, au fur et à mesure du réchauffement mondial, de vastes bandes de forêts tropicales — notamment dans le bassin de l’Amazone — commenceront à s’assécher. S’il en est ainsi, beaucoup de forêts tropicales disparaîtront. Leur perte signifierait qu’on aurait alors moins de possibilités d’absorber le gaz carbonique de l’atmosphère, ce qui pourrait accélérer le réchauffement de la planète (176).

Risques pour l’agriculture

Des niveaux élevés de gaz carbonique dans l’atmosphère allongeraient le saison végétative agricole et encourageraient à court terme la croissance des forêts mais, à long terme, pourraient exercer des effets négatifs sur les cultures et les forêts (110). Comme les zones céréalières mondiales deviendraient moins productives, il y aurait dans le monde 350 millions d’habitants de plus qui connaîtraient la faim (279). On a prédit de graves sécheresses en Afrique subsaharienne à la suite de l’altération des caractéristiques du climat, de la réduction de la pluviométrie et de l’assèchement des sols pendant de plus longues périodes (208).

En 1999, la NOAA a prévu que, au milieu du siècle actuel, les sols des régions agricoles du centre des Etats-Unis, de l’Asie centrale et du pourtour méditerranéen connaitraient aussi d’importantes réductions de leur hygrométrie pendant la saison végétative estivale du fait de l’élévation des taux d’évaporation. Selon cette étude, ces réductions de l’humidité du sol rendraient ces régions « particulièrement vulnérables » (167).

D’autres font ressortir que, si étrange que cela paraisse, le réchauffement mondial pourrait se solder par un refroidissement de la température en Europe septentrionale et en Russie, entraînant ainsi également dans ces régions une réduction des rendements agricoles (51, 176, 207). Ce changement s’explique par le fait que d’énormes volumes d’eau douce provenant de la fonte des calottes glacières réduiraient la densité de l’eau. Un tel changement interromprait l’effet de « bande transporteuse » de la Dérive de l’Atlantique nord, courant océanique qui transporte l’eau tropicale chaude du Gulf Stream vers la Scandinavie et l’Europe septentrionale.

Que peut-on faire ?

Quelles sont les perspectives d’une réduction des émissions de gaz carbonique dans l’atmosphère ? La Convention des Nations Unies sur le changement climatique a été ouverte à la signature lors du Sommet de la Terre, à Rio, en 1992. Elle a été rapidement signée et ratifiée par la plupart des Etats insulaires de faible altitude et par les pays qui ont un long littoral. La Convention définit un cadre et des modalités visant à l’adoption de mesures précises ; elle demande aux Etats signataires de prendre des mesures préliminaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ; et elle encourage les recherches scientifiques portant sur les changements climatiques.

Cependant, la Convention n’avait pas force obligatoire et ne comportait ni cibles ni dates buttoirs (231). Par la suite, en décembre 1997, des représentants de tous les pays du monde se sont réunis à Kyoto, au Japon, afin de négocier un accord exécutoire. Par le Protocole de Kyoto, les pays développés se sont engagés à atteindre des cibles individuelles d’émission pour 2008 – 2012. Il en résulterait dans ces pays, au plus tard en 2012, une réduction des émissions de 5 % par rapport aux niveaux de 1990 (238). Cependant, jusqu’ici, seulement 14 pays — tous en développement — ont ratifié le Protocole, qui ne peut entrer en vigueur tant qu’au moins 55 ne l’auront pas ratifié (6, 238).

La prochaine série de négociations doit avoir lieu fin 2000, à La Haye, aux Pays-Bas. Peut-on s’attendre à des progrès lors de cette réunion ? Si on ne prend pas suffisamment de dispositions, certains experts craignent que les changements climatiques ne deviennent irréversibles (167, 199).

Beaucoup de zones côtières basses, comme cette forêt...

D. Hinrichsen

Beaucoup de zones côtières basses, comme cette forêt de palétuviers du Kenya, seront submergées si les niveaux de la mer augmentent autant que le prédisent certains modèles scientifiques de l'évolution du réchauffement mondial. Même une élévation d'un mètre entraînerait le déplacement de millions de gens.


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Au moins cinq extinctions

Nous vivons une époque marquée par la plus grande extinction d’espèces animales et végétales depuis l’extinction du dinosaure, il y a quelque 65 millions d’années (9, 56, 143, 246). L’histoire de la vie sur la terre comporte au moins cinq périodes durant lesquelles un nombre considérable d’espèces ont disparu à jamais, essentiellement à cause de changements du climat et du niveau des mers. Certains spécialistes craignent qu’une sixième extinction n’ait commencé, provoquée par l’exploitation abusive des ressources terrestres par l’homme (56).

Première extinction : Fin de l’ordivicien. Il y a à peu près 440 millions d’années. C’est, par ordre d’importance, la deuxième extinction massive qui ait été découverte. Environ 85 % de toutes les espèces ont été anéanties.

Deuxième extinction : Fin du dévonien. Il y a environ 365 millions d’années. Les espèces marines ont été particulièrement touchées par une extinction qui a eu lieu en deux vagues séparées par un million d’années.

Troisième extinction : Fin du permien. Il y a environ 251 millions d’années. Avec un taux d’extinction estimé à 96 % de toutes les espèces, c’est la plus grande extinction massive. Elle a marqué la disparition des reptiles mammifères qui avaient été les seigneurs de la terre pendant 80 millions d’années. Les dinosaures sont alors devenus l’espèce dominante.

Quatrième extinction : Fin du triassique. Il y a environ 205 millions d’années. On estime que 76 % de toutes les espèces, surtout marines, ont disparu.

Cinquième extinction : Fin du crétacé. Il y a environ 65 millions d’années. C’est l’extinction massive la plus célèbre de toutes, car elle a marqué la fin des dinosaures, qui avaient dominé la terre pendant 140 millions d’années. Entre 75 % et 80 % de toutes les espèces ont probablement disparu à cette époque.

Sixième extinction ? Depuis 1950, quelque 600.000 espèces ont disparu (164), et près de 40.000 autres sont actuellement menacées (116). La cadence de l’extinction pourrait s’accélérer sous l’influence de la consommation humaine et de la pollution des ressources naturelles et, avec le réchauffement mondial et l’élévation du niveau des mers, prendre des proportions alarmantes.

Pouvons-nous supposer que la vie sur la planète, telle que nous la connaissons, peut perdurer, quelle que soit la situation de l’environnement ? Ou bien est-ce que nous ouvrons la voie à une éventuellement sixième extinction — la nôtre ?


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Un programme de changement

La Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, adoptée en 1992 par la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement — le Sommet de la Terre — s’est inquiété de la dégradation de l’environnement et a fixé des objectifs d’amélioration. Dans « l’Action 21 » , le Sommet de la terre a présenté les recommandations de changement adoptées par les 179 pays qui y participaient. Comme le montrent les extraits ci-après du « Programme de changement » (125), document du Sommet de la terre « libellé en une langue simple », la communauté mondiale a donné son aval à des objectifs ambitieux et lourds de conséquences. Il reste maintenant à adopter des politiques et à prendre des mesures pour les atteindre.

Population et durabilité. La population de plus en plus nombreuse du monde, conjuguée à des schémas insoutenables de production et de consommation, exerce des tensions accrues sur l’air, les terres, l’eau, l’énergie et les autres ressources essentielles.

  • Les stratégies de développement devront tenir compte de l’ensemble que constituent la croissance démographique, la santé des écosystèmes, la technologie et l’accès aux res- sources. Les mesures prises pour répondre au besoin non satisfait de planification familiale et de services de santé reproductive devraient faire partie de stratégies nationales de développement durable.
  • Le monde a besoin de faire un meilleur travail de prévision des résultats possibles des activités humaines, y compris les tendances démographiques, l’emploi des ressources par personne, et la répartition des richesses.

Protection de l’atmosphère. L’atmosphère subit une pression grandissante des gaz à effet de serre qui menacent de modifier le climat et des produits chimiques qui réduisent la couche d’ozone. Les gouvernements doivent :

  • Moderniser les systèmes existants d’énergie et développer de nouvelles sources d’énergie renouvelables.
  • Encourager des normes nationales d’efficacité énergétique et d’émission et mettre en place des systèmes économiques de transports en commun qui soient moins polluants tout en étant efficaces par rapport aux coûts.

Lutte contre le déboisement. Dans le monde entier, les forêts sont menacées par une dégradation effrénée et par leur conversion à d’autres usages sous l’effet des pressions humaines.

  • Il est urgent de conserver et de planter des forêts dans les pays développés et en développement afin de maintenir et de rétablir l’équilibre écologique et de satisfaire les besoins humains.
  • Les gouvernements doivent collaborer avec les entreprises, les scientifiques, les groupements communautaires locaux, les peuples autochtones et le public afin de mettre en place des politiques à long terme de conservation et de gestion dans toutes les régions forestières et tous les bassins versants.

Agriculture durable et développement rural. La faim constitue déjà une menace constante pour plus de 800 millions d’êtres humains, alors que sont entourées d’incertitude les possibilités offertes au monde de continuer à satisfaire à long terme une demande grandissante de produits alimentaires et agricoles. L’érosion des sols, la salinisation, la saturation par l’eau et la perte de fertilité du sol sont en augmentation dans tous les pays.

  • L’agriculture doit surtout répondre à des besoins grandissants en augmentant sa productivité, puisque la plupart des bonnes terres agricoles du monde sont déjà utilisées. En même temps, il faut éviter d’envahir davantage les terres qui ne se prêtent que de façon marginale à la culture.
  • La durabilité de l’agriculture et du développement rural exigent qu’on apporte de profonds aménagements aux politiques agricoles, environnementales et économiques de tous les pays, et au niveau international.

Conservation de la diversité biologique. Le monde continue de perdre sa diversité biologique, surtout à la suite de destructions d’habitats, de surproduction agricole, de pollution et de l’introduction de plantes et d’animaux étrangers (appelés « exotiques » ). Ce déclin de la biodiversité est causé pour une large part par des activités humaines et constitue une grave menace pour notre développement.

Il faut prendre d’urgence des mesures décisives pour conserver et maintenir les gènes, les espèces et les écosystèmes.

  • Mettre en place des stratégies nationales pour conserver et faire perdurer la diversité biologique, et faire de ces stratégies un élément de l’ensemble de l’effort national de développement ;
  • Pratiquer un partage équitable des bénéfices entre les dispensateurs et les consommateurs des ressources biologiques ;
  • Protéger les habitats naturels. Encourager la remise en état des écosystèmes endommagés.

Protéger et gérer les océans. Les océans font l’objet d’une agression écologique accrue par la pollution, la surexploitation et la dégradation des côtes et des récifs de coraux. Environ 70 % de la pollution marine trouve son origine sur la terre. Les pays devraient s’engager à maîtriser et à réduire la dégradation de l’environnement marin. Ils devraient :

  • Construire et entretenir des systèmes de traitement des eaux usées et éviter de décharger ces dernières près des lieux de pêche de coquillages, des prises d’eau et des lieux de baignade.
  • Mettre au point des pratiques d’utilisation des terres qui réduisent le ruissellement du sol et des déchets dans des cours d’eau puis dans les mers. Employer des pesticides et engrais qui causent moins de dégâts à l’environnement.
  • Maitriser et empêcher l’érosion et l’envasement des côtes à la suite de certains modes d’utilisation des terres, tels que les constructions non planifiées.

Protection et gestion de l’eau douce. Dans beaucoup de régions du monde on constate une pénurie grandissante, une destruction progressive et une pollution accrue des ressources en eau douce. Parmi les causes figurent l’insuffisance du traitement des eaux usées et des déchets industriels, la perte de zones de captation naturelle de l’eau, le déboisement et de médiocres façons culturales, qui déversent dans l’eau des pesticides et d’autres produits chimiques. Les interventions ci-après sont indispensables :

  • Pour fournir à tous de l’eau potable et un minimum d’hygiène, il faut mettre en œuvre le principe « quelque chose pour tous, de préférence à tout pour quelques-uns » . Cette formule peut être appliquée si on construit et entretient, au niveau communautaire, des services peu onéreux.
  • Les pays doivent identifier et protéger leurs ressources en eau et veiller à ce que l’eau soit utilisée sur une base durable. Ils ont besoin de programmes efficaces de prévention et de maîtrise de l’eau. En particulier, ils ont besoin de technologies qui permettent de prendre des mesures appropriées d’hygiène et de traitement des déchets dans les villes à forte densité de population et à faible revenu.


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