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TEMAS PRINCIPALES
Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins University School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland 21202, USA Volume XXVIII, numéro 3 |
Pénuries d’eauD’ores et déjà, la croissance démographique et l’augmentation de la consommation par personne créent des pénuries d’eau dans un grand nombre de pays. On dit qu’un pays subit des contraintes hydriques quand son approvisionnement annuel en eau tombe au-dessous de 1.700 mètres cubes par personne. Quand les approvisionnements en eau n’atteignent pas 1.000 mètres cubes par personne et par an, le pays connaît alors une pénurie d’eau pendant toute l’année ou une partie de l’année. Le biologiste suédois Malin Falkenmark s’est fondé sur ces notions de contrainte et de pénurie pour mesurer les besoins en eau actuels et futurs en fonction des approvisionnements disponibles (64, 66, 82). En 1995, Population Action International (PAI) s’est fondé sur les concepts de Falkenmark pour calculer les contraintes et les pénuries d’eau dans des pays du monde entier. PAI a mis ces estimations à jour en 1997, en prenant pour base les projections de population pour 2025 et 2050. Les résultats sont étonnants : en 1995, 31 pays — où vivent près d’un demi milliard d’habitants — se sont trouvés régulièrement en présence de contraintes ou de pénuries d’eau. En 2025, 48 pays, avec une population d’environ 3 milliards d’habitants, devraient être confrontés à des pénuries d’eau (60, 82). Les 20 pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord sont les plus mal lotis. En fait, le Proche-Orient « n’a plus d’eau » depuis 1972 — en ce sens que la région a retiré de ses cours d’eau et de ses aquifères un volume d’eau supérieur à la recharge naturelle (154). A l’heure actuelle, par exemple, la Jordanie et le Yémen re-tirent chaque année de leur sous-sol 30 % d’eau de plus qu’il n’en reçoit ; la consommation annuelle d’eau par Israël dépasse de 15 % le volume renouvelable (183, 185). L’Afrique a elle aussi de graves problèmes d’eau. D’ores et déjà, plus de 200 millions d’Africains vivent dans des pays à déficit hydrique et à contraintes d’eau. D’ici 2025, ce chiffre sera porté aux alentours de 700 millions, dont la moitié vivront dans des pays qui ont à faire face à de graves contraintes pendant la plus grande partie de l’année (65, 67, 182). Si on calculait les contraintes et les pénuries d’eau par région, et non plus par pays, certaines zones de beaucoup d’autres pays devraient être rangées dans la catégorie à risque. Par exemple, tandis que des inondations ont lieu périodiquement en Chine méridionale, la zone nord de ce pays souffre de pénuries d’eau chroniques (22, 82). On a estimé que la Chine a suffisamment d’eau douce pour faire vivre 650 millions d’habitants — soit la moitié seulement de la population actuelle du pays (190). La lutte pour l’eau. Quand l’eau se fait rare, la concurrence peut devenir intense. Ces dernières années, les retraits d’eau ont augmenté dans toutes les catégories de demande — pour l’agriculture irriguée, pour les usages industriels et pour l’approvisionnement des municipalités (ménages) (139, 222, 244). On prévoit que la demande municipale d’eau douce va dépasser les possibilités qu’ont beaucoup de villes de la satisfaire (237). A Bangkok, à Dhaka, à Lagos et dans d’autres villes à croissance rapide, les vols d’eau sont devenus monnaie courante (137, 173, 220). Comme plus de 200 grands bassins fluviaux sont à cheval sur des frontières, la coopération peut aider à éviter des conflits internationaux. C’est ainsi que, en novembre 1999, l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan sont convenus en principe de pratiquer une stratégie qui consiste à utiliser le Nil « pour le bien commun de tous les Etats du bassin » (172). S’il est appliqué, cet accord — qui porte sur toutes les utilisations du fleuve pour l’irrigation, la production d’électricité, le drainage, la lutte contre la sécheresse et les inondations, et la prévention de la pollution — représenterait un progrès décisif en matière de coopération pour l’utilisation d’une ressources naturelle d’importance vitale. Concurrence avec la nature. On a besoin d’une proportion importante du volume total d’eau douce pour assurer la survie des marais, des cours d’eau, des zones humides côtières et des millions d’espèces qu’ils abritent (68). Au fur et à mesure que l’humanité augmente ses retraits d’eau servant à des utilisations directes, les écosystèmes des zones humides voient diminuer le volume d’eau dont ils disposent pour survivre (12, 184, 187). Plus de 20 % des quelque 10.000 espèces de poissons d’eau douce qui existent dans le monde sont en danger d’extinction ou ont déjà disparu parce que leurs habitats sont menacés (18, 120) (voir Chapitre 7.1). Les écosystèmes des zones humides ont une importance économique. Robert Costanza, de l’Université du Maryland, estime la valeur globale des zones humides à près de 5 billions de dollars par an. Ce chiffre représente la valeur des zones humides en tant qu’organismes de régulation des inondations, centres de traitement des déchets, habitats de la faune et de la flore sauvages, producteurs de poissons et lieux de loisirs (107). Les 6 milliards d’êtres qui vivent sur la planète s’approprient déjà plus de la moitié de toute l’eau douce accessible que renferment les cours d’eau, les lacs et les aquifères souterrains. D’ici 2025, la part de l’espèce humaine atteindra au moins 70 %. Cette estimation prudente correspond aux répercussions de la seule croissance démographique. Si la consommation de ressources aquatiques par personne continue d’augmenter à son rythme actuel, l’homme pourrait alors, d’ici 25 ans, utiliser plus de 90 % de toute l’eau douce disponible, ne laissant qu’à peine 10 % aux autres espèces mondiales (106, 187). Que peut-on faire ?Pris entre une demande grandissante d’eau douce d’une part et, de l’autre, des approvisionnements limités et de plus en plus pollués, de nombreux pays ont à faire des choix difficiles. Les solutions exigent des réponses aux niveaux local, national et international — une « Révolution bleue » — dont l’élément central serait la gestion intégrée des bassins versants et des bassins fluviaux partagés (104) (voir Population Reports, Solutions pour un monde qui manque d’eau, Série M, No. 14, septembre de 1998). Des initiatives communautaires visant à mieux gérer les ressources en eau peuvent aider les citadins à avoir accès à une eau courante salubre, ce qui améliorerait l’hygiène et la santé publique (46, 119). Les gouvernements peuvent adopter des politiques nationales de gestion de l’eau qui ne se bornent pas à améliorer l’offre mais aussi gèrent mieux la demande grâce à des barèmes de prix appropriés — par exemple, en supprimant les subventions qui constituent en fait des encouragements au gaspillage (221). |
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