Table des matières

        Chapitres
  1. La terre et sa population
  2. Pollution et risques pour la santé
  3. Nourrir le monde futur
  4. L’eau douce, nerf de la planète
  5. Océans en déclin
  6. Forêts : les poumons de la terre
  7. Biodiversité en danger
  8. Vers un avenir viable

TEMAS PRINCIPALES


Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins University School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland 21202, USA


Volume XXVIII, numéro 3
Automne 2000
Série M, Numéro 15
Sujets spéciaux

Biodiversité en danger

Personne ne sait quelles sont les véritables dimensions de la biodiversité — combien d’espèces végétales et animales vivent sur la planète aux côtés des êtres humains. La plupart des estimations fixent leur nombre entre 10 et 30 millions, avec un certain consensus autour du chiffre de 14 millions (43, 56, 143, 163). Quoi qu’il en soit, on n’a identifié et classé en catégories qu’environ 1,7 million d’espèces — soit une faible proportion du total — et on n’en a étudié qu’un nombre encore plus réduit (162, 163).

Quel que soit le nombre effectif d’espèces, la préservation de la biodiversité, en soi, est essentielle pour le bien de l’humanité. A l’heure actuelle, on exploite régulièrement, au profit de l’homme, plus de 40.000 espèces de plantes, d’animaux, de champignons et de microbes (56). On estime que 40 % des médicaments modernes ont une origine sauvage et rapportent quelque 40 milliards de dollars par an en vente libre ou sur ordonnance (217).

La biodiversité est essentielle pour l’agriculture. Après 10.000 ans d’agriculture sédentaire et la découverte de quelque 50.000 variétés de plantes comestibles, tout juste 15 cultures fournissent 90 % de la ration alimentaire du monde. Trois d’entre elles — riz, blé et maïs — sont les aliments de base de 4 milliards d’êtres humains (73, 75, 257).

La dépendence d’un petit nombre de cultures peut être dangereuse car une maladie peut se répandre rapidement par le biais des monocultures — témoin le cas de la pomme de terre en Irlande, qui a plongé dans la famine le ciquième de la population de ce pays durant les années 1840 (181). Il faut croiser les cultivars (plantes cultivées) tous les 5 à 15 ans pour leur impartir une plus grande résistance aux maladies et aux insectes, et pour leur donner de nouvelles caractéristiques qui renforcent les rendements, par exemple une tolérance accrue à la sécheresse ou à la salinité du sol.

En l’absence d’apports répétés de nouveaux gènes prélevés à l’état naturel, les généticiens ne peuvent pas continuer d’améliorer les cultures de base. Depuis 1900, les trois-quarts environ de la diversité génétique des cultivars ont disparu, tout comme près de la moitié du capital génétique des animaux domestiques (73, 217).

Sumatra rhino Madagascar lemur

Heraldo Castro/Conservation International

Espèces en danger. A gauche, le rhinocéros de Sumatra. A droite, le lémur de Madagascar. Les humains partagent la planète avec au moins 10 millions d'autres espèces animales et végétales. La diversité biologique joue un rôle essentiel dans l'écologie mondiale, et sans doute aussi pour l'avenir de l'humanité elle-même. Or, les interventions humaines et les effectifs de la population conduisent à l'extinction de milliers d'espèces — la plupart du temps dans des régions où la densité de la population humaine est la plus élevée.

Exploitation humaine

Les modalités actuelles d’exploitation des ressources par les humains n’est pas de bon augure pour la biodiversité. Récemment, l’écologiste Norman Myers a estimé que quelque 600.000 espèces avaient disparu depuis 1950 (164). Aujourd’hui, on estime que deux espèces sur trois sont en déclin (216).

Actuellement, les hommes utilisent presque la moitié de l’énergie requise pour entretenir toutes les espèces de la planète. En d’autres termes, l’homme emploie environ 40 % de l’ensemble de la production primaire de plantes vertes de la planète, qui sont la source fondamentale de nourriture des animaux. Ce pourcentage pourrait doubler dans le prochain quart de siècle (136). La surexploitation des plantes est inquiétante car les plantes assurent la liaison avec toutes les autres formes de vie, par le biais de la photosynthèse. Comme l’a fait observer le biologiste David Given, « toute chair est herbe » (86).

L’UICN a déclaré qu’environ 5.200 espèces d’animaux sont actuellement menacées d’extinction (115), dont :

  • près de 1.100 espèces de mammifères, soit le quart du total de ces espèces ;
  • plus de 1.100 oiseaux, soit 11 % des 9.600 espèces connues d’oiseaux ;
  • plus de 2.000 espèces de poissons d’eau douce, soit 20 % du total identifié ;
  • 253 espèces de reptiles, 20 % du total étudié ;
  • 124 espèces (chiffre estimatif) d’amphibiens, soit 25 % du total étudié (216).

Aux Etats-Unis, près de 40 % de toutes les espèces de poissons d’eau douce courent un risque d’extinction, tout comme 3 % de la faune d’eau douce en l’Australie et 42 % en Europe (18). Sur les 514 espèces d’oiseaux européens, 270 — soit les deux-tiers environ — sont menacées d’extinction. Sur ce chiffre, 200 espèces sont migratrices (100). Beaucoup d’espèces migratrices sont menacées à cause de la destruction de leurs habitats aux deux points d’aboutissement de leurs migrations (56, 115). Deux-tiers des habitats des espèces sauvages de l’Asie ont été détruits, dont beaucoup durant les 50 dernières années (233).

Les espèces végétales sont elles aussi en difficulté. Sur les 270.000 espèces connues de plantes d’ordre supérieur (par exemple des espèces vasculaires telles que les arbres et les plantes à fleurs), 34.000 sont en danger (116). Aux Etats-Unis, près de 30 % des 16.000 espèces végétales connues courent un risque d’extinction (17). Sous les tropiques, la destruction de l’écosystème est si profonde que quelque 60.000 espèces de plantes, soit approximativement le quart du total qui reste dans le monde, pourraient disparaître d’ici 25 ans (112, 217, 266).


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