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Définir « urbain »
Singapour : ville planifiée
Nettoyage à Mumbai

Définir « urbain »

Qu’entend-on par urbain ? Qu'est-ce qu’une ville ? Les termes « ville » et « urbain » sont souvent utilisés l’un pour l’autre et leur définition ne fait l’objet d’aucun accord international. Presque tous les gouvernements nationaux conviennent que les localités regroupant 20 000 personnes ou plus sont urbaines, mais certains considèrent qu’il en va de même pour celles qui sont plus petites, avec des points de démarcation différents. Peu nombreux sont cependant ceux qui qualifieraient de ville un petit centre urbain comptant entre 1 000 et 2 000 habitants (44). Ainsi donc, si le terme « urbain » peut se référer à des localités dont le nombre d’habitants peut varier, la plupart des gens réservent celui de « ville » aux agglomérations réunissant un grand nombre de personnes, une pratique que respecte le présent numéro de Population Reports follows.

Les statistiques relatives à l’urbanisation dépendent dans une certaine mesure de la façon dont les pays définissent les établissements humains, surtout ceux, comme la Chine et l’Inde, dont la population est nombreuse. La plupart des personnes qui vivent dans les zones rurales de l’Inde sont regroupées, par exemple, dans des villages comptant entre 500 et 5 000 habitants. Si le gouvernement de ce pays classait ces agglomérations sous le vocable « urbain », ce que font certaines autres nations, au lieu d’établir le point de démarcation à 5 000 habitants ou davantage, la population indienne serait à prédominance urbaine (105).

La plupart des gouvernements définissent les établissements humains urbains en se basant sur un ou plusieurs critères dont le nombre de personnes, la densité de population et des facteurs économiques et sociaux — comme le nombre de personnes se livrant à des activités non liées au secteur agricole — le statut administratif ou politique de la localité — capitale nationale, provinciale ou chef-lieu de district — ou en-core la désignation adoptée par le recensement (44). Par exemple, dans le document publié par les Nations Unies et intitulé World Urbanization Prospects 1996 Revision, (Perspectives d’urbanisation dans le monde, révision de 1996), 46 % des pays représentés définissaient le terme « urbain » en fonction de critères administratifs, 22 % se servaient du nombre et parfois de la densité de population, 17 % utilisaient d’autres critères, 10 % n’avaient pas de définition et 4 % qualifiaient leur pays comme étant entièrement urbain ou entièrement rural (130). Dans les diverses révisions de World Urbanization Prospects, dont sont extraites les données relatives aux tendances en matière d’urbanisation citées dans le présent numéro de Population Reports les estimations de l’ONU sont basées sur la façon dont chaque pays définit les termes « urbain » et « rural » (130).



Profil : Singapour : ville planifiée

Singapour est une ville qui ne laisse rien au hasard. Comme le dit Michael Koh Soon Hwa, directeur de l’aménagement auprès de la Régie du réaménagement urbain : « Comme Singapour manque de terres et de ressources, nous avons dû élaborer une culture de planification exhaustive. Notre survie et notre croissance en dépendent. » (54).


Don Hinrichsen

La planification urbaine de Singapour assure la préservation de la verdure et des bassins versants et la propreté de l’air.

« Singapour est un excellent exemple de la façon dont l’association de la planification de l’occupation des sols, de l’aménagement urbain et des transports peut contribuer à créer une ville durable pour le XXIe siècle », déclare Loh Ah Tuan, directeur de la division Politique et Gestion de l’environnement, qui fait partie du ministère de l’Environnement de Singapour (123). Avec quatre millions de personnes entassées sur une île dont la superficie est d’à peine 647 kilomètres carrés, les responsables de l’aménagement urbain de la ville ont réussi à contenir son expansion — et même à étendre les parcs et les zones protégées — en limitant la construction d’autoroutes, en élargissant les réseaux de transport en commun et en adoptant des lois relatives au zonage qui aident les habitants à vivre et à travailler dans les mêmes quartiers.

Singapour a décidé de prendre de la hauteur plutôt que de s’étendre de façon sauvage sur une superficie limitée. Elle a aussi construit des villes satellites qui lui sont reliées par un réseau ferroviaire rapide et des lignes d’autobus. Chacune de celles-ci a été planifiée afin de permettre aux habitants de travailler dans la communauté où ils résident sans avoir à effectuer de longs déplacements quotidiens vers le centre ville ou d’autres parties de l’île.

Le plan conceptuel. Le principal outil de planification dont la ville dispose est le Plan conceptuel, un cadre de développement stratégique mis à jours tous les dix ans. Celui qui est en vigueur actuellement (depuis 2001) stipule des plans cadres de développement pour le prochain demi siècle. Il prévoit une population pouvant atteindre 5,5 millions d’habitants dans les 50 prochaines années. Le Plan conceptuel énonce 55 « plans guides de développement » détaillés, portant sur les besoins en matière d’occupation des sols pour le logement, le développement commercial et industriel, les transports et les installations de loisirs. Le processus de planification requiert non seulement la participation de tous les ministères, mais aussi celle des citoyens et des communautés et permet la planification du développement local par les quartiers.

Logement.Logement. Une chose distingue Singapour de pratiquement tout le reste du monde industrialisé en matière d’aménagement urbain : les politiques relatives au logement. Au total, 86 % de tous les Singapouriens vivent dans des appartements construits par le ministère du Développement national. Plus de 90 % des habitants de la ville sont propriétaires de leur résidence, un taux que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Ce nombre impressionnant de propriétaires fait que ceux-ci s’intéressent davantage aux affaires civiques et prêtent plus attention aux questions concernant la qualité de la vie dans la ville.

Eau protégée. Singapour a un bassin hydrographique protégé de 2 158 hectares situé au milieu de l’île. Il assure la moitié des besoins de ses habitants en eau douce. Les quatre grands réservoirs de Singapour sont totalement protégés de toute activité de promotion immobilière depuis 1860. Ce bassin hydrographique central contient ce qui est peut-être, dans le monde entier, la seule forêt tropicale humide ancienne située en milieu urbain. Singapour obtient le reste de l’eau dont elle a besoin de la Malaisie voisine, aux termes d’un accord à long terme passé avec l’état de Johor.

Elimination des déchets. Le ministère de l’Environnement de Singapour exploite six grands centres de traitement des eaux usées, ce qui est suffisant pour desservir l’ensemble de la population. Chacun fonctionne en deux étapes et les effluents sont déversés en eau profonde, au grand large, par des conduites de décharge. Un centre de traitement expérimental installé à Bedok et ayant un traitement en trois phases donne des effluents tellement propres que l’eau est utilisée par l’industrie des semi-conducteurs pour la fabrication de tranches de silicium.

La ville est tout aussi méticuleuse lorsqu’il s’agit d’éliminer ses déchets solides. Quatre grands incinérateurs réduisent 85 % des ordures de la ville en cendres volantes qui sont ensuite envoyées dans une décharge réglementée qui se trouve sur une autre île. Un programme, adopté récemment, de recyclage et de réutilisation devrait permettre la collecte des trois quarts du papier, des métaux et des déchets organiques produits par les Singapouriens et leur transformation en produits utiles.

Contrôle de la pollution de l’air. La pollution de l’air n’est pas un problème à Singapour. En 2000, par exemple, le niveau moyen de dioxyde d’azote était d’à peine 30 microgrammes par mètre cube d’air, soit nettement en dessous de la norme fixée par l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA), qui est de 100 microgrammes par mètre cube d’air. Il en va de même pour les particules en suspension (provenant surtout des usines, des centrales électriques et des incinérateurs), dont la moyenne était de 10 microgrammes par mètre cube d’air. La norme EPA est cinq fois plus élevée.

L’une des raisons qui explique cette propreté de l’air est l’usage généralisé des transports en commun. Seul 1 habitant de Singapour sur 10 possède son propre véhicule, un fait attribué à la taxe élevée qui est imposée sur les véhicules privés. Autre explication : la grande quantité de verdure que l’on trouve dans la ville. Les arbres et les buissons ne se contentent pas de donner de l’oxygène, mais ils nettoient et rafraîchissent aussi l’air.

Espaces verts abondants. Singapour cultive son image de « ville jardin ». Elle compte actuellement 2 340 hectares de parcs et d’espaces verts et environ 3 000 hectares de plus de réserves naturelles. Lorsque la ville a commencé à se développer rapidement au début des années 1970, les urbanistes ont formé, en 1973, un « comité d’action pour la ville jardin », dont les membres appartenaient à chacun des grands ministères. Ce groupe a veillé à ce que la ville respecte ses engagements à long terme portant sur la préservation et l’entretien de près d’un hectare d’espaces verts par tranche de 1 000 habitants.

Singapour a récemment lancé une campagne visant à créer 245 hectares de « couloirs de parcs » d’ici à 2010 — il s’agit de voies d’accès vertes qui finiront par relier tous les parcs et toutes les réserves de la ville. Ils comporteront des pistes cyclables et de randonnée qui offriront aux habitants de la ville encore plus de choix pour leurs déplacements.

Le présent profil est basé sur des entretiens et des reportages effectués à Singapour par Don Hinrichsen en 2001. Sources : 115 à 117. Photographie : Don Hinrichsen



Profil : Nettoyage à Mumbai

Mumbai est l’une des villes les plus peuplées du monde. C’est aussi l’une des plus polluées (61), faisant état, par exemple, de niveaux moyens de particules en suspension dans l’air atteignant un total de près de 240 microgrammes par mètre cube, ce qui excède de loin la norme adoptée par l’OMS, qui est de 60 à 90 microgrammes par mètre cube (62). Un certain nombre de projets novateurs démontre cependant que les personnes, les gouvernements, les organisations non gouvernementales et les entreprises peuvent tous jouer un rôle dans le nettoyage de l’environnement urbain.

Parc naturel Mahim

Le projet du parc naturel Mahim met en vedette l’importance des espaces verts dans le nettoyage de la ville et la baisse des niveaux de pollution (77, 94). Il y a vingt ans, ce parc de près de 15 hectares était un dépotoir à ordures pour la ville, entouré d’un côté par un bidonville et de l’autre par un cours d’eau pollué, appelé le Mahim (94). De nos jours, c’est un parc naturel restauré au plan écologique et dont l’entretien relève de la Régie pour le développement de la zone métropolitaine de Mumbai (MMRDA).

En 1977, le chapitre indien de la World Wildlife Federation avait conçu et proposé l’idée d’un parc naturel (94). Pour le développer et le gérer, la MMRDA a nommé la Société du parc naturel Mahim, qui est responsable des activités quotidiennes. Son conseil d’administration comprend plusieurs hauts responsables du gouvernement de l’état et des personnalités en matière de protection de l’environnement, et ce afin d’assurer une coopération entre les pouvoirs publics locaux et la communauté scientifique (77).

Le parc naturel Mahim, loin d’être un simple espace vert et non pollué dont les habitants peuvent profiter, constitue aussi une ressource pédagogique, offrant des cours dans les domaines de l’écologie et de la préservation de la nature destinés avant tout aux enfants. Le parc compte quelque 80 espèces d’oiseaux et 200 espèces d’arbres et autres plantes (77). La MMRDA l’a classé en tant que laboratoire de plein air pour l’étude des divers habitats de la région et des fonctions écologiques des différentes espèces qu’on y trouve, y compris leur rôle dans la médecine traditionnelle (94). Les nombreux visiteurs de ce parc vont des enfants des bidonvilles voisins à des naturalistes venus du monde entier (77).

Les recycleurs s’organisent

L’organisation Parisar Vikas (qui signifie développement écologique) de Mumbai est une association de quelque 2 000 chiffonnières qui collectent et recyclent les déchets urbains (109). La plupart d’entre elles ont été abandonnées par leur mari ou sont devenues veuves et ni elles ni leurs enfants ne bénéficient du soutien financier d’un homme. Elles se livrent à cette activité sous la contrainte de leur pauvreté, de leur analphabétisme et de leur manque de qualifications. Leur association a été lancée en 1995 par l’organisation féministe Stree Mukti Sanghathana (Mouvement de libération de la femme). Avec 25 années d’expérience dans le mouvement féministe, Stree Mukti Sanghathana a conçu l’association Parisar Vikas afin d’aborder ces problèmes en bloc (6).

Les activités de ce projet, qui fait partie du Programme avancé de gestion de la localité, lancé par la Société municipale du grand Mumbai, ont tout d’abord été entreprises à partir de la Société de logement de Basera, un complexe de HLM situé dans un faubourg nord-ouest de la ville. Elles ont ensuite été reprises dans plusieurs autres cités de Mumbai (109).

Les chiffonnières se rendent dans un certain nombre de quartiers pour y collecter les ordures, vendre les déchets non biodégradables à des centres de recyclage et convertir ceux qui le sont en compost. Ces femmes vont de maison en maison, encourageant les familles à placer leurs déchets « humides » (biodégradables) dans des seaux et leur montrant comment ils peuvent être transformés en compost organique. Elles vendent aussi des seaux destinés au compostage (109).

Ces chiffonnières se rendent aussi dans les dépotoirs municipaux pour convertir les déchets organiques provenant des marchés aux légumes de la ville en compost. Elles en produisent en moyenne 14 tonnes tous les mois et le vendent aux exploitations agricoles et aux pépinières de Mumbai et des environs pour environ 2 500 roupies la tonne (52 dollars US) (109).

Ces activités rapportent à ces femmes un revenu régulier d’environ 75 roupies (1,60 dollar US) par jour, ce qui est supérieur au salaire minimum garanti. Ce travail est ardu et souvent dangereux — elles courent le risque de se piquer ou de se couper avec des objets mélangés aux déchets organiques, elles respirent la fumée émanant du brûlage des ordures dans les dépotoirs, elles sont exposées à la chaleur des étés de Mumbai et doivent patauger dans des flaques d’eau pendant la mousson (109). Quoi qu’il en soit, ce travail et le salaire qu’il leur rapporte ont aidé ces chiffonnières à s’organiser et ont accru leur pouvoir de négociation, sans compter que l’acquisition de nouvelles connaissances les a aidées à augmenter leurs revenus (6).

Le présent profil a été préparé par Deepa Ramchandran à partir des références citées.



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