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Singapour est une ville qui ne laisse rien au hasard. Comme le dit Michael Koh Soon Hwa, directeur de l’aménagement auprès de la Régie du réaménagement urbain : « Comme Singapour manque de terres et de ressources, nous avons dû élaborer une culture de planification exhaustive. Notre survie et notre croissance en dépendent. » (54).

Don Hinrichsen
La planification urbaine de Singapour assure la préservation de la verdure et des bassins versants et la propreté de l’air. |
« Singapour est un excellent exemple de la façon dont l’association de la planification de l’occupation des sols, de l’aménagement urbain et des transports peut contribuer à créer une ville durable pour le XXIe siècle », déclare Loh Ah Tuan, directeur de la division Politique et Gestion de l’environnement, qui fait partie du ministère de l’Environnement de Singapour (123). Avec quatre millions de personnes entassées sur une île dont la superficie est d’à peine 647 kilomètres carrés, les responsables de l’aménagement urbain de la ville ont réussi à contenir son expansion — et même à étendre les parcs et les zones protégées — en limitant la construction d’autoroutes, en élargissant les réseaux de transport en commun et en adoptant des lois relatives au zonage qui aident les habitants à vivre et à travailler dans les mêmes quartiers.
Singapour a décidé de prendre de la hauteur plutôt que de s’étendre de façon sauvage sur une superficie limitée. Elle a aussi construit des villes satellites qui lui sont reliées par un réseau ferroviaire rapide et des lignes d’autobus. Chacune de celles-ci a été planifiée afin de permettre aux habitants de travailler dans la communauté où ils résident sans avoir à effectuer de longs déplacements quotidiens vers le centre ville ou d’autres parties de l’île.
Le plan conceptuel. Le principal outil de planification dont la ville dispose est le Plan conceptuel, un cadre de développement stratégique mis à jours tous les dix ans. Celui qui est en vigueur actuellement (depuis 2001) stipule des plans cadres de développement pour le prochain demi siècle. Il prévoit une population pouvant atteindre 5,5 millions d’habitants dans les 50 prochaines années. Le Plan conceptuel énonce 55 « plans guides de développement » détaillés, portant sur les besoins en matière d’occupation des sols pour le logement, le développement commercial et industriel, les transports et les installations de loisirs. Le processus de planification requiert non seulement la participation de tous les ministères, mais aussi celle des citoyens et des communautés et permet la planification du développement local par les quartiers.
Logement.Logement. Une chose distingue Singapour de pratiquement tout le reste du monde industrialisé en matière d’aménagement urbain : les politiques relatives au logement. Au total, 86 % de tous les Singapouriens vivent dans des appartements construits par le ministère du Développement national. Plus de 90 % des habitants de la ville sont propriétaires de leur résidence, un taux que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Ce nombre impressionnant de propriétaires fait que ceux-ci s’intéressent davantage aux affaires civiques et prêtent plus attention aux questions concernant la qualité de la vie dans la ville.
Eau protégée. Singapour a un bassin hydrographique protégé de 2 158 hectares situé au milieu de l’île. Il assure la moitié des besoins de ses habitants en eau douce. Les quatre grands réservoirs de Singapour sont totalement protégés de toute activité de promotion immobilière depuis 1860. Ce bassin hydrographique central contient ce qui est peut-être, dans le monde entier, la seule forêt tropicale humide ancienne située en milieu urbain. Singapour obtient le reste de l’eau dont elle a besoin de la Malaisie voisine, aux termes d’un accord à long terme passé avec l’état de Johor.
Elimination des déchets. Le ministère de l’Environnement de Singapour exploite six grands centres de traitement des eaux usées, ce qui est suffisant pour desservir l’ensemble de la population. Chacun fonctionne en deux étapes et les effluents sont déversés en eau profonde, au grand large, par des conduites de décharge. Un centre de traitement expérimental installé à Bedok et ayant un traitement en trois phases donne des effluents tellement propres que l’eau est utilisée par l’industrie des semi-conducteurs pour la fabrication de tranches de silicium.
La ville est tout aussi méticuleuse lorsqu’il s’agit d’éliminer ses déchets solides. Quatre grands incinérateurs réduisent 85 % des ordures de la ville en cendres volantes qui sont ensuite envoyées dans une décharge réglementée qui se trouve sur une autre île. Un programme, adopté récemment, de recyclage et de réutilisation devrait permettre la collecte des trois quarts du papier, des métaux et des déchets organiques produits par les Singapouriens et leur transformation en produits utiles.
Contrôle de la pollution de l’air. La pollution de l’air n’est pas un problème à Singapour. En 2000, par exemple, le niveau moyen de dioxyde d’azote était d’à peine 30 microgrammes par mètre cube d’air, soit nettement en dessous de la norme fixée par l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA), qui est de 100 microgrammes par mètre cube d’air. Il en va de même pour les particules en suspension (provenant surtout des usines, des centrales électriques et des incinérateurs), dont la moyenne était de 10 microgrammes par mètre cube d’air. La norme EPA est cinq fois plus élevée.
L’une des raisons qui explique cette propreté de l’air est l’usage généralisé des transports en commun. Seul 1 habitant de Singapour sur 10 possède son propre véhicule, un fait attribué à la taxe élevée qui est imposée sur les véhicules privés. Autre explication : la grande quantité de verdure que l’on trouve dans la ville. Les arbres et les buissons ne se contentent pas de donner de l’oxygène, mais ils nettoient et rafraîchissent aussi l’air.
Espaces verts abondants. Singapour cultive son image de « ville jardin ». Elle compte actuellement 2 340 hectares de parcs et d’espaces verts et environ 3 000 hectares de plus de réserves naturelles. Lorsque la ville a commencé à se développer rapidement au début des années 1970, les urbanistes ont formé, en 1973, un « comité d’action pour la ville jardin », dont les membres appartenaient à chacun des grands ministères. Ce groupe a veillé à ce que la ville respecte ses engagements à long terme portant sur la préservation et l’entretien de près d’un hectare d’espaces verts par tranche de 1 000 habitants.
Singapour a récemment lancé une campagne visant à créer 245 hectares de « couloirs de parcs » d’ici à 2010 — il s’agit de voies d’accès vertes qui finiront par relier tous les parcs et toutes les réserves de la ville. Ils comporteront des pistes cyclables et de randonnée qui offriront aux habitants de la ville encore plus de choix pour leurs déplacements.
Le présent profil est basé sur des entretiens et des reportages effectués à Singapour par Don Hinrichsen en 2001. Sources : 115 à 117. Photographie : Don Hinrichsen
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